"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003

 

Wallonie 2020 - Troisième phase - Séminaires : Leçons et débats sur le futur

Le projet de développement territorial du SDER

Ghislain Geron
inspecteur général à la Direction générale de l’Aménagement du Territoire, du Logement et du patrimoine
au Ministère de la Région wallonne, secrétariat de la Conférence permanente du Développement territorial
22 mai 2003

Je vais vous présenter en partie et vous allez peut-être être frustrés dans la mesure où cette présentation sera très partielle mais le projet de développement territorial du SDER, je dis en partie parce que nous organisons assez régulièrement des séminaires sur ce thème-là mais ce sont des séminaires qui durent toute la journée. J'ai choisi délibérément de faire une espèce de coupe en travers du SDER, à savoir vous expliquer ce qui nous a amenés à concevoir un tel document, comment nous le mettons en œuvre. Je vous présenterai sa structure principale et je ferai un zoom sur une de ses finalités, en vous disant qu'il y en a 8, que je tiens à votre disposition – ils sont à la sortie – des documents – j'en ai amené 50 exemplaires, donc ce sera largement suffisant pour ce soir – donc, je vous ai apporté un document qui fait une petite cinquantaine de pages, qui est la synthèse du schéma de développement de l'espace régional. Mais, si vous êtes intéressés, bien entendu, il n'y a aucun problème pour vous procurer le document complet qui est d'ailleurs téléchargeable sur internet. Il est sur le site Internet de la DGATLP. C'est un peu lourd à charger. Si vous n'avez pas l'ADSL, ça risque de prendre un certain temps. Donc, on peut vous en fournir une copie papier sans aucun problème, si vous le souhaitez.

 Mon exposé comprendra 5 parties : la première, très simple, c'est une clé de lecture pour que vous compreniez bien, je dirai, la structure de pensée qui a présidé à l'élaboration du SDER et que vous compreniez mieux ce que j'allais vous raconter.

Ensuite, un bref retour dans le passé, dans la mesure où, comme disait André Gide, dans Nathanaël, ton présent serait plein de tous les avenirs si notre passé n'y projetait son ombre. Le problème, c'est que le poids du passé agit encore bien, de façon très prégnante, en développement territorial, tout au moins, aujourd'hui et n'a pas encore fini d'agir. Donc, je crois que c'est important de retirer ce qui dans le passé continue à nous influencer aujourd'hui.

Ensuite, je vous présenterai ce qu'on entend par "développement territorial" dans le SDER et enfin, je dirai le gros morceau, c'est le SDER proprement dit et plus spécifiquement, le projet de développement proposé par le SDER.

Ensuite, je vous dirai quelques mots de la CPDT, Conférence permanente du Développement territorial. Non pas parce que j'en suis le secrétaire, comme vous le disiez tout à l'heure mais parce que le travail de la CPDT fait partie de la stratégie de mise en œuvre des objectifs du SDER et c'est la raison pour laquelle je vous en parlerai aujourd'hui.

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1. La Clef de lecture

Vous connaissez tous le fameux triangle du rapport Brundtland, économie, environnement, social. Pour bien comprendre le SDER, il faut prendre en considération une petite variante de ce triangle. Nous l'avons transformé en un carré où on a maintenu l'économie et le social, on a modifié l'environnement, on l'a élargi au cadre de vie qui comprend l'environnement mais qui est, je dirai, un concept plus large que l'environnement et nous avons ajouté la culture. Certains disent que la culture est dans le social. Dans une certaine mesure, c'est vrai mais nous considérons qu'elle joue un rôle tellement important dans les autres domaines qu'il y a lieu, je dirai, d'en faire un concept spécifique et de bien mettre en évidence son interrelation avec les autres paramètres que sont l'économie, le cadre de vie et le social, parce qu'il est évident que l'économie a une influence directe sur la culture – je ne vais pas vous faire un cours de marxisme, ici. L'inverse est vrai bien entendu. C'est en fonction de la culture de la population qu'un certain type d'économie peut émerger ou peut ne pas émerger. Les relations entre l'économie et le cadre de vie sont évidentes aussi. C'est le mode de développement économique du 19ème siècle qui a malheureusement façonné, j'allais dire dégradé et détruit notre cadre de vie à la fin du 19ème et au début du 20ème. Mais inversement, le cadre de vie, selon qu'il est attractif ou qu'il n'est pas attractif, a une influence importante sur l'économie. J'arrête là dans mon approche mais je dirais, toutes les relations dans les deux sens constituent finalement des boucles. Donc, vous avez compris que nous avons résolument adopté une approche systémique du concept de développement territorial.

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2. Le poids du passé

2.1. Le modèle des 30 glorieuses

Rapidement, le poids du passé. Je vais vous parler du modèle des 30 glorieuses, parce que c'est celui-là qui nous a fait énormément de bien pendant 30 ans mais, malheureusement, nous a fait énormément de tort dans les 30 années suivantes et continue à nous en faire d'ailleurs. Pour bien comprendre la façon dont le modèle a été mis en place, je vais présenter quelques-uns des principaux outils du projet des 30 glorieuses. Je me limiterai toutefois aux outils qui continuent à avoir une influence malheureusement néfaste pour la plupart d'entre eux aujourd'hui. Vous dire un mot du revirement qu'il eut fallu faire au début des années 70 et que nous sommes en train de faire, mais malheureusement 30 ans trop tard, pour terminer, je dirais, sur une note quand même positive qui est le réveil du début du 21ème siècle.

En ce qui concerne le modèle des 30 glorieuses, il reposait sur une série d'hypothèses.

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2.1.1.Les hypothèses du modèle

L’augmentation des besoins

La première hypothèse, c'est l'augmentation quasiment infinie des besoins. Donc, nous sommes en pleine période d'euphorie keynésienne et l'idéologie dit que : il faut produire pour enrichir la population. Si elle est plus riche, elle va plus consommer. Donc, elle aura d'autres besoins. Donc, elle va faire tourner l'économie qui produira de l'argent, etc. Donc, c'est une espèce de boucle vertueuse et une des trois principales hypothèses de base de ce modèle, c'est que cette boucle vertueuse va durer indéfiniment jusqu'à la nuit des temps.

L’expansion du secteur secondaire lourd

Deuxième hypothèse, c'est l'expansion du secteur secondaire lourd. Donc, nous sommes au sortir de la guerre. Les charbonnages ont déjà quelques petites difficultés et on sent que ça ne va pas s'arranger mais on compte beaucoup sur l'expansion du secteur secondaire pour assurer la relève du primaire surtout et pour continuer à, je dirais, générer cette boucle de croissance positive.

L’explosion démographique

Troisième hypothèse et c'est peut-être celle qui a eu le plus de conséquences négatives, ce sont les prévisions démographiques. Jusqu'à l'invention de la pilule, tous les démographes vous auraient dit que, 20 à 25 ans après un baby boom, il y avait nécessairement un baby boom au carré. Donc, 20 à 25 ans après le baby boom du sortir de la guerre, durant les années 70, on devait assister à une véritable explosion démographique, donc une explosion des besoins et notamment, des besoins en logements, en écoles et en équipements de toutes sortes, donc, besoin de terrains, besoin d'espace, besoin de place pour abriter toutes ces fonctions qui allaient naître, je dirai, de cette explosion démographique.

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2.1.2. Le contexte physique et culturel

Les séquelles de la révolution industrielle

Contextes physique et culturel ont toute leur importance. Contexte physique, j'en ai déjà touché un mot tout à l'heure. Donc, la révolution industrielle a laissé des cicatrices vraiment très importantes dans notre région et surtout dans le sillon industriel. Vous savez qu'à l'époque, il n'y avait pas de gestion du territoire et le développement à la fois de l'habitat et de l'industrie se faisait de façon relativement anarchique où on assistait à la juxtaposition de logements et d'industrie. Et puis, l'industrie s'étendait en contournant le logement puis le logement s'étendait en recontournant le contournement de l'industrie. Bref, on assistait à un imbroglio où l'ensemble des fonctions étaient mélangées et se gênaient très fort les unes les autres, d'ailleurs. C'est-à-dire que la présence de logements gênait l'expansion de l'industrie mais l'industrie, de par la pollution notamment qu'elle générait, faisait que les logements étaient bien souvent d'une insalubrité rare. Ça, c'est pour le contexte physique.

Le fonctionnalisme et le zonage

Contexte culturel. Justement, je dirai, ce mauvais développement, ce développement anarchique de l'urbanisation de la fin du 19ème avait suscité des réactions dans les milieux d'architectes et notamment, dans un milieu un petit peu particulier. Les grands architectes de renommée internationale avaient pris l'habitude de se réunir tous les 2 ans, dans ce qu'on appelait les CIAM, Congrès Internationaux d'Architecture Moderne, où les architectes rêvaient à un renouveau de l'architecture – jusque là, ce n'est pas trop grave – mais rêvaient également un renouveau de l'urbanisme. Quand un architecte se prend pour un urbaniste, ça peut poser certains problèmes. C'est ce qui s'est passé d'ailleurs en 1933 quand ces architectes ont sorti la Charte d'Athènes qui a constitué par la suite véritablement la bible des aménageurs européens et, en particulier, des aménageurs belges.

Donc, un des principaux concepts de cette conception fonctionnaliste de l'urbanisme, c'est que, puisque les différentes fonctions qui étaient imbriquées actuellement se gênaient les unes les autres, pour résoudre le problème, il n'y avait qu'à les séparer. Et donc, prévoir des zones spécifiques pour l'industrie, des zones spécifiques pour le logement, des zones spécifiques pour les équipements, des zones spécifiques pour l'agriculture. Bref, il suffisait d'affecter chaque parcelle du territoire à une fonction bien déterminée et faire en sorte que les fonctions soient suffisamment disjointes que pour ne pas se gêner l'une l'autre.

L’hygiénisme

Deuxième école qui est venue ajouter son grain de sel dans l'histoire, c'est l'école hygiéniste qui, comme je vous le disais, les conditions de logement de la fin du 19ème étaient telles qu'un mouvement était né en réaction et prônait une nouvelle conception du logement et de l'urbanisme, ce qui permettait aux individus de disposer de trois éléments considérés par les hygiénistes, comme des éléments fondamentaux, à savoir de l'air, de la verdure et de la lumière. Donc, ce fond culturel a servi de trame à la conception de ce projet, de ce modèle des 30 glorieuses.

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2.1.3. Le projet

En quoi consistait ce projet ?

Sortir l’industrie des fonds de vallée

D'abord, il fallait sortir l'industrie des fonds de vallée, puisqu'elle était étroitement imbriquée dans le milieu bâti et dans l'habitat, dans le logement. D'autre part, elle s'était implantée dans les fonds de vallée, pour des raisons à la fois géographiques et physiques bien naturelles. C'était de l'industrie lourde, sidérurgie, charbonnière, les carrières, tout ce qui tournait autour de l'utilisation des carrières, les fours à chaux, l’alun, etc. Donc, ils avaient besoin à la fois de beaucoup d'eau pour leur processus de production mais ils avaient également besoin de la voie d'eau pour acheminer en entrée ou en sortie des produits relativement pondéreux.

Concentrer les industries le long des autoroutes mais à proximité des villes

Mais au sortir de la guerre, manifestement, l'ère n'est plus au chemin de fer et à la voie d'eau mais l'ère est au développement du transport routier. Donc, c'est la période où on construit les grandes infrastructures routières et on considère qu'il y a lieu de sortir l'industrie du fond de vallée pour l'installer plutôt en tête de vallée, au sommet des vallées, le long de grandes infrastructures routières. Donc, concentration de ces industries le long des autoroutes mais à proximité des villes quand même de façon à pouvoir bénéficier d'un volant de main d'œuvre important.

Dédensifier les villes et « urbaniser la campagne »

Troisième concept : dédensifier les villes puisque la concentration urbaine était source d'insalubrité, notamment au niveau du logement, donc dédensifier les villes. Et forcément, puisqu'on s'attendait à une explosion démographique et qu'il fallait dédensifier les villes, il fallait bien mettre ces équipements et ces gens-là quelque part, donc il fallait les mettre à la campagne et c'est à ce moment-là qu'on a commencé à assister à une véritable urbanisation de la campagne et à un développement anarchique des lotissements. J'y reviendrai dans un instant.

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2.2. Les outils du projet

Quels étaient les outils du projet ? Très rapidement. Le plan de secteurs, donc vous connaissez tous le plan de secteurs qui est l'application pure et dure des principes du zonage, puisque le plan de secteurs divise le territoire en zones bien délimitées, chaque zone étant affectée à une fonction bien précise. Les lois d'expansion économique. Il y en a eu plusieurs mais qui étaient, chaque fois, des modifications, des adaptations de la loi de 59. Les lois d'expansion économique d'une part prévoyaient certaines aides aux entreprises à condition qu'elles ne s'installent pas n'importe où mais dans des zones bien déterminées. Ces mêmes lois d'expansion économique accordaient des subventions très généreuses aux intercommunales pour équiper les nouvelles zones d'activités économiques. Pour vous donner quelques chiffres d'aujourd'hui, le terrain en zone urbanisable coûte entre 400 et 4.000 francs du m², selon qu'on est dans la botte du Hainaut ou qu'on est dans le Brabant wallon. Le terrain agricole, lui, se situe entre 40 et 100 francs du m², selon qu'on est toujours dans la botte du Hainaut ou qu'on est en Hesbaye. Donc, finalement, le coût du terrain est infiniment moins cher en zone agricole évidemment qu'en zone d'habitat. Le problème, c'est que la terre agricole évidemment n'est pas équipée pour recevoir l'industrie. D'où les lois d'expansion économique prévoient des subventions de l'ordre de 80 % aux intercommunales pour leur permettre d'équiper ces zones et donc, de proposer aux industriels des terres agricoles mais équipées et valorisées à un prix qui se situe en général entre 250 pour les moins chères d'entre elles, jusqu'à 400 francs, voire 500 francs au grand maximum pour des terrains bien équipés et bien situés dans le Brabant wallon. Donc, vous voyez tout de suite le différentiel entre, je dirai, un terrain en zone d'habitat et un terrain équipé en zone industrielle. Tout cela n'est possible évidemment que moyennant une intervention massive de l'état jusqu'à la régionalisation des lois d'expa et de la région à présent. Les intercommunales ont été créées par la même loi de 1959, justement essentiellement à l'époque pour créer ces zones réceptacles des industries, pour équiper les zones industrielles périphériques le long des autoroutes et en général, dans des terres agricoles. Donc, ça, c'est pour l'industrie.

Le Fonds Brunfaut a joué un petit peu le même rôle que les lois d'expansion économique mais pour le logement. A savoir, il s'agissait d'un mécanisme financier qui permettait à l'état, à l'époque et puis à la région maintenant, depuis 1980, de prendre quasiment en totalité à sa charge la valorisation des terres vierges à des fins de logement. Donc, une société locale d'habitations sociales achète en général, en zone agricole, un terrain dans un champ de patates. Donc, elle l'achète pour une bouchée de pain et le fonds Brunfaut finance quasi en totalité l'équipement de ces terrains, donc non seulement les voiries mais également les impétrants, pas eau, gaz, ce sont les compagnies, mais l'égouttage, l'électricité, l'éclairage public. Les équipements à l'intérieur du lotissement sont financés à 100 % par le fonds Brunfaut et les équipements périphériques à 80 %. Donc, là aussi, vous voyez qu'il y a une volonté de faire en sorte que les sociétés d'habitations sociales puissent, sans trop dépenser, aller valoriser des sites vierges à l'extérieur des centres urbains, puisque même calcul que pour les zones industrielles, un terrain en zone urbaine, pour l'instant, si on n'est pas dans le Brabant wallon, ça tourne autour de 1.000 francs du m² alors que la terre agricole coûte 100 francs du m², donc 10 fois moins cher.

Autre mécanisme, ce sont les logements sociaux où, à l'époque, les mécanismes internes de la société nationale du logement et encore plus de la société nationale terrienne étaient tels que les sociétés locales ne pouvaient pratiquement construire qu'à l'extérieur des centres urbains. C'était quasiment impossible d'obtenir le financement d'acquisition de logements pour les rénover et quasiment impossible également de construire des logements en centre urbain, sauf exception, des sociétés qui étaient vraiment implantées dans des grands centres, là quand même, obtenaient des financements pour construire dans les centres mais la plupart des sociétés se voyaient pratiquement refusées pour toute une série de raisons, techniques, le plus souvent fallacieuses.

Les prêts sociaux, surtout dans les années 80 où les taux d'intérêt du secteur privé étaient de l'ordre de 12, 13, 14 %. Les prêts sociaux étaient, je dirai, la condition sine qua non pour permettre aux bas et aux moyens revenus de devenir propriétaires. Petit problème, c'est que les prêts sociaux n'étaient accordés à l'époque que pour la construction de maisons de 3 ou 4 façades sur un terrain qui, à l'époque, devait faire au minimum 6 ares. Progressivement, je dirai, le plafond est descendu mais lorsque ce système de prêts sociaux a été lancé, c'était 3 ou 4 façades sur 6 ares de terrain, situation qu'on rencontre assez difficilement évidemment en zone urbaine.

Même chose pour les primes à la construction. Donc, c'était une aide également pour permettre aux moyens revenus de devenir propriétaires mais ces primes n'étaient accordées que pour des constructions de 3 ou 4 façades sur 6 ares de terrain. Donc, vous voyez que toute une batterie, il y en a plus, il y en a 22 en tout, j'ai ici cité les principaux, toute une batterie d'outils a été créé à l'époque et de façon extrêmement cohérente, concertée. Je pourrais vous expliquer comment tout ça a été concocté mais ça résulte véritablement d'une stratégie qui avait été pensée au sommet du Ministère de la reconstruction et mise en place au travers de toute une série d'organes locaux qui faisaient vraiment partie de cette stratégie. Les travaux subsidiés jouaient un petit peu le même rôle dans la mesure où à l'époque, les communes ne pouvaient pas être subventionnées pour l'entretien et pour la rénovation de leur patrimoine existant mais pouvaient être subsidiées jusque 60 % à l'époque pour la construction de voiries nouvelles. Donc, là aussi, l'idée était plutôt d'inciter les communes à valoriser les terres vierges plutôt qu'à entretenir et embellir le patrimoine existant.

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2.3. La fin du paradigme et le train fou dans le brouillar

Tout ça avait sa logique pendant les 30 glorieuses. Tout ça avait sa logique tant qu'on était persuadé que nous allions avoir une explosion démographique dans le début des années 70. A partir du moment où 1973, crash pétrolier, ce rêve s'écroule, il eut fallu réagir et se rendre compte qu'on allait droit dans le mur. Donc, je vous rappelle les hypothèses principales : explosion démographique; en 1973 la pilule est inventée et les démographes revoient fondamentalement leurs prévisions. Donc, on se rend compte que cette explosion démographique, elle n'aura pas lieu. Pire que ça, 10 ans plus tard, le taux de renouvellement était inférieur, la natalité est inférieure à 2. Vous savez qu'il faut 2,11 pour assurer le simple renouvellement de la population. Donc, on était loin de l'explosion démographique. L'explosion du secteur secondaire, à partir de 1973, il était clair qu'il ne fallait plus rêver à un développement important du secteur secondaire. Quant aux mécanismes de la boule de neige de croissance, en 73 manifestement, elle était bel et bien enrayée.

Bon, le Club de Rome, quelques années plus tard, dans son ouvrage ".Halte à la croissance" avait également attiré l'attention sur le danger de la dérive que constituait plutôt notre modèle de développement et un petit peu plus tard, le rapport Brundtland disait la même chose mais en étayant sur des chiffres plus solides, plus précis.

Le train fou dans le brouillard

Je parle de train fou dans le brouillard parce que, à partir du moment où il était manifeste que tous les paramètres qui avaient servi à construire et à justifier le modèle, étaient pratiquement inversés, il eut fallu inverser la manœuvre et changer fondamentalement de politique. Malheureusement, tous les outils dont je vous ai parlé tout à l'heure ont été progressivement modifiés, certains d'entre eux ont été inversés. Le problème, j'y reviendrai dans un instant, c'est qu'au lieu que cette inversion ait lieu très très rapidement, il a fallu pratiquement 20 ans pour modifier les outils qui avaient été conçus pour favoriser la dispersion de l'habitat.

La dispersion de l’habitat

Pour toute une série de raisons, certaines qui tiennent aux conditions institutionnelles, j'y reviendrai dans un instant. D'autres qui tenaient à l'inertie des grandes administrations, le Ministère de la Reconstruction était une grande machine avec une structure hiérarchique très lourde, donc une inertie très forte. Donc, ce n'est pas évident de faire bouger une machine aussi lourde que ça et puis également, pour des raisons très pratiques puisque, pendant 30 ans, on avait incité par exemple les sociétés locales d'habitations sociales à acheter des terrains dans les champs de patates en disant : c'est là que vous devez construire, vous aurez l'aide pour les équiper et c'est là que vous aurez les crédits pour construire, vous ne les aurez pas ailleurs. Il est évident que les sociétés locales se retrouvaient avec des centaines d'hectares qui avaient été acquis et on ne pouvait pas du jour au lendemain leur dire : trop tard, vous n'auriez pas dû les acheter là-bas; faites-en ce que vous voulez; il va falloir construire ailleurs. Donc, pour toute une série de raisons, les outils ont continué, je dirais, à vivre leur vie indépendamment du changement fondamental des paramètres de base.

Les zones d’activité et la grande distribution

Les zones d'activités, je vous ai expliqué, elles avaient été conçues au début, tout au moins, des 30 glorieuses, pour accueillir l'expansion de l'industrie lourde qui ne pouvait plus se faire dans les fonds de vallée et pour accueillir les nouvelles industries lourdes du secteur secondaire qui devaient plutôt se développer en dehors des zones d'habitat. Le problème, c'est que, donc cette industrie lourde, non seulement ne s'est pas développée mais son développement c'est carrément arrêté et c'est plutôt le secteur tertiaire qui a pris la relève et notamment, le secteur de la grande distribution. Le problème, je ne vais pas rentrer dans le détail de la méthode ABC, mais on essaie autant que possible de faire coïncider ce qu'on appelle le profil d'accessibilité d'un endroit avec le profil de mobilité d'une fonction. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que certaines fonctions ont un profil de mobilité orienté essentiellement en transport. Je pense à la sidérurgie par exemple. Il y a énormément de transports très lourds qui doivent avoir accès régulièrement à l'entreprise. Par contre, il y a très très peu de clients et à la limite, le trafic des ouvriers est de loin inférieur au trafic des pondéreux. A l'inverse, la fonction commerciale, il y a relativement peu de transports lourds, il y a bien entendu des camions qui viennent approvisionner le magasin mais ça ne représente jamais qu'un ou deux camions par jour. Par contre, la clientèle, elle représente l'essentiel de l'accessibilité de la fonction. Vous avez des profils d'accessibilité des zones, donc, vous avez les zonings industriels le long des autoroutes qui sont très facilement accessibles au trafic lourd mais très peu, voire pas du tout, aux transports en commun. Par contre, vous avez dans les centres urbains, je pense à proximité des gares, par exemple, des sites qui sont difficilement accessibles au trafic lourd mais qui sont très facilement accessibles aux piétons, aux vélos, aux voitures et aux transports en commun. Donc, je dirai, la logique voudrait de concentrer les entreprises qui ont un profil de mobilité lourd plutôt dans les zones industrielles périphériques et les services qui ont un profil d'accessibilité léger plutôt à proximité, dans les centres à proximité des gares et des lieux de concentration des transports en commun. Le problème, c'est que ces zones d'activités industrielles qui avaient été équipées à grands frais par l'état et par les intercommunales, comme elles ne se remplissaient pas avec l'industrie lourde, il fallait bien en faire quelque chose, donc on a laissé le secteur tertiaire et malheureusement, le secteur de la grande distribution s'installer dans des endroits qui avaient été prévus justement, pas du tout pour accueillir des commerces, mais pour accueillir de l'industrie lourde avec, comme conséquence, je dirai, une explosion de la mobilité, et un effet pervers, c'est que, il était beaucoup plus facile finalement d'atteindre les services, les commerces et les centres d'emplois en habitant hors ville qu'en habitant dans la ville puisque tout ça s'était installé en dehors des centres urbains.

Les nouvelles formes de commerce

Les nouvelles formes de commerce. De plus en plus, les nouvelles formes de commerce, je pense aux commerces franchisés, par exemple, ont besoin de surfaces au sol relativement importantes. Ce ne sont pas des hypermarchés mais enfin, il leur faut entre 200 et 400 m², qui sont des surfaces qu'on trouve rarement, voire pas du tout dans les centres urbains où le parcellaire est très serré, vous avez en général un parcellaire de 6 à 8 mètres dans les centres urbains sur 15 mètres de profondeur. Donc, vous avez entre 90 et 120 m² de surface au sol, ce qui est nettement insuffisant pour accueillir les nouvelles formes de commerce. D'où, je dirai, tentation des nouveaux commerçants eux aussi d'aller s'installer hors ville, là où ils peuvent disposer des surfaces nécessaires pour développer leur commerce.

Cycle du déclin urbain

Tout ça entraîne ce qu'on appelle le cycle du déclin urbain. Donc, ça commence toujours de la même façon. Donc, les couches les plus aisées de la population quittent les centres pour aller s'installer dans le lotissement périphérique plus vert et puis, ça correspond aussi à l'idéologie hygiéniste. Du coup, le nombre de logements vides dans les centres urbains augmente. Donc, si les logements vides augmentent, il y a une baisse des valeurs locatives, donc une baisse de la rentabilité de ces logements. Donc, les propriétaires qui n'ont pas envie de voir leur patrimoine se dévaloriser, ils essaient de le rentabiliser tant bien que mal et ça, en le divisant en petits appartements, en chambres garnies, voire en kots. Du coup, ces logements attirent une population à très faible revenu, voire une population marginale. D'où dans ces quartiers, montée de l'insécurité, montée du manque de propreté. Donc, les moyens revenus se mettent à quitter le quartier. Donc le nombre de logements vides augmente, etc. et le cycle recommence, nous sommes de nouveau dans un cercle, mais non plus un cercle vertueux, un cercle vicieux cette fois-ci. Conséquence de tout ça, c'est que les cas sociaux se concentrent dans les centres urbains mais en générant des besoins nouveaux. C'est-à-dire que ces populations marginales ont des besoins importants et différents des populations plus nanties qui occupaient ces quartiers-là auparavant. Le problème, c'est que parallèlement les centres villes s'appauvrissent, du fait notamment du départ des populations riches, donc qui payaient beaucoup d'impôts. Elles s'appauvrissent au profit de la périphérie. Donc, ça veut dire que ces centres villes ne sont plus en mesure de remplir ce qui a toujours été leur rôle historique, c'est-à-dire d'organiser le renouvellement de la société, valoriser les phénomènes émergents, permettre une expression diversifiée, une expression culturelle diversifiée et d'être aussi le creuset de la démocratie. Donc, finalement, il y a un rôle historique que les villes ont toujours joué, d'être le moteur du développement économique, le moteur du renouveau, que ces villes se trouvent absolument incapables de jouer du fait de leur manque de moyens et du fait de ce cercle vicieux que je viens d'essayer de vous esquisser brièvement.

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2.4. De l’anomie au réveil

La réaction

La crise de crédibilité de l’Etat, la genèse des régions

Evidemment, il eut fallu réagir plus tôt mais heureusement, on a quand même réagi. Le problème, c'est qu'on a beaucoup tardé à le faire. Pourquoi ? Première chose, c'est que, au moment, donc 1973, où il aurait fallu changer son fusil d'épaule et inverser le modèle de développement, commence une crise de crédibilité de l'état. Rappelez-vous, 1960, Loi unique, grande grève, 63 mouvement de rébellion des bourgmestres, notamment de la périphérie bruxelloise qui refusent leur recensement linguistique – je crois que c'est le premier cas de désobéissance civique à grande échelle, sans la moindre sanction – montée en puissance des partis régionalistes qui mettent en cause, je dirais, la crédibilité de l'état, 1970 modification de la constitution pour introduire le concept de régions, 1975 loi de régionalisation provisoire, mise en place du CMAW, Comité ministériel des Affaires wallonnes, au sein du gouvernement central et enfin, 1980, mais 1980 seulement, loi de régionalisation mais pendant un certain temps, le nouveau gouvernement existant réellement ne pouvait s'appuyer que sur des services de l'administration centrale pour mettre en place sa politique. Ce n'est qu'à partir de 1983 qu'on a commencé à avoir une véritable administration wallonne, laquelle n'a vraiment été opérationnelle qu'en 1985. Donc, ça veut dire que de 1963 à 1985, on assistait, je dirais, à une décrédibilisation progressive de l'état mais sans avoir, je dirais, le pouvoir alternatif, la région avec la capacité de générer et de développer, de mettre en œuvre un problème alternatif. D'où cette période de flottement.

La culture ouvrière du sillon industriel

Autre problème et là, on rejoint le problème de la culture, c'est que pendant, je vais dire, des siècles mais tout au moins des dizaines d'années, les ouvriers du sillon industriel ne se posaient pas trop la question de leur devenir. Si on naissait à Seraing, comme papa et comme grand-papa, on serait engagé à Cockerill. Si on naissait à Herstal, on serait engagé à la FN et si on naissait à Charleroi, on serait engagé à Glaverbel ou dans les ACEC. Donc, je dirais, cette culture d'autoformation, de prévoir les besoins de l'avenir, de créer son propre emploi, de créer sa propre entreprise, ce qui existait depuis des générations dans certaines régions comme le Danemark, les pays nordiques et le nord de l'Italie, cette culture d'autocréation de son emploi n'existait absolument pas. Je dirai, c'était tout à fait le contraire qui existait dans le sillon industriel. Les ouvriers attendaient plutôt que les grandes entreprises leur proposent leur emploi. Quand tout ça s'écroule, évidemment, les habitants du sillon industriel perdent la plupart de leurs repères. Donc, le repère de l'emploi s'écroule. Nous sommes à la période de la fusion des communes où on supprime pratiquement toutes les petites maisons communales dans les anciennes communes pour ramener les services centraux au niveau de la commune mère. Cela veut dire que dans les communes, les anciennes communes d'avant fusion, les gens perdent également leurs repères civils. Il y a également une défection religieuse et une suppression progressive des petites paroisses. Donc, les repères religieux, donc les gens perdent progressivement l'ensemble de leurs repères.

La comparaison (osée) de Howard Bloom

La comparaison est osée mais je ne sais pas si vous avez lu le dernier bouquin de Howard Bloom qui est un bouquin extraordinaire et qui s'appelle : le principe de Lucifer. Il prend quelques exemples d'expériences qui ont été menées un peu partout dans le monde pour montrer, je dirai, la réaction des animaux – on n'a pas fait l'expérience sur des hommes, quoique – la réaction des animaux dans des situations où l'animal se rend compte qu'il n'a aucune prise sur la situation qui lui tombe dessus. Il cite par exemple, il y en a une douzaine dans son bouquin, je ne vais pas vous les citer tous les 12, il y en a 2 qui m'ont frappé. Vous prenez deux rats. Vous mettez les deux rats, chacun dans une cage métallique et cette cage métallique peut être mise sous tension électrique. Un des deux rats a un bouton dans sa cage qui lui permet de couper le courant. Dans un premier temps, on met le courant sur les deux cages. Les deux rats s'excitent, courent dans tous les sens jusqu'au moment où celui qui a le bouton, par hasard, tombe sur le bouton et tout s'arrête. Il a vite compris après 3 ou 4 expériences qu'en poussant sur le bouton, ça s'arrête. Donc, on multiple l'expérience un certain nombre de fois et de plus en plus rapidement, le rat qui a le bouton dans sa cage, saute sur le bouton et arrête le courant. Le deuxième progressivement, on dirait qu'il s'habitue finalement à la décharge électrique. Il s'habitue à la douleur, il s'habitue à la souffrance et il réagit de moins en moins et après une cinquantaine de coups, il ne réagit plus du tout. Pire que ça. On ouvre les deux cages. Celui qui a le bouton dans sa cage se sauve de sa cage, s'enfuit bien entendu de cette situation insupportable. L'autre ne sort pas de sa cage. Il reste bien sagement, prostré au fond de sa cage.

Autre expérience menée dans un poulailler. Un grand poulailler clôturé. Les poules ne savent pas sortir du poulailler. Tous les soirs, on laisse entrer un renard qui vient croquer une poule. Au début, bien entendu, grand émoi dans le poulailler. Toutes les poules courent dans tous les sens mais le renard évidemment, ça l'inquiète peu, il croque sa poule et il s'en va et chaque soir, le renard revient croquer une poule. Progressivement, les poules se rendent compte qu'il n'y a rien à faire, que le renard est le plus fort. Donc, il y a de moins en moins d'ébats dans le poulailler. Et au bout d'une dizaine ou d'une douzaine de poules, quand le renard rentre, les poules ne bougent pas, elles savent qu'il y en a une d'elles qui va passer à la trappe. Le renard prend sa poule et s'en va.

Donc, tout ça pour dire que le fait de perdre ses repères, le fait d'avoir l'impression qu'on n'a plus aucune prise sur la réalité, qu'on ne sait rien faire à ce qui vous tombe, vous met dans un état tel que vous devenez progressivement incapable de réagir. Je n'irai pas jusqu'à faire le saut que fait Howard Bloom en disant : c'est la même chose pour les gens, quoique .. Il relate des expériences qui se sont passées pendant la guerre, mais également dans certaines dictatures où on constate que les gens qui sont soumis à la torture, eux aussi progressivement s'habituent, réagissent de moins en moins et deviennent de moins en moins révoltés au sort qui leur est fait. Cela s'explique en fait, de façon biologique. On a fait le test malheureusement – oui, on les a faits sur les animaux bien sûr mais on les a faits sur les humains aussi. C'est que, à partir du moment où vous avez prise sur la réalité, le stimuli favorise la production de testostérone, qui vous donne un sursaut de dynamisme et qui vous rend plus agressifs, plus dynamiques, plus violents. Par contre, si vous n'avez aucune prise sur la réalité, curieusement, pour vous aider à supporter la douleur ou le mal ou la frustration, l'organisme favorise les endorphines, une espèce de, c'est une substance un peu assimilable à un stupéfiant. L'endorphine a pour résultat évidemment de vous faire plus facilement supporter la douleur mais vous supprime aussi toute réactivité. Je dirai, cela vous rend un petit peu plus amorphe, ça vous rend beaucoup plus passifs. Donc, je n'irai pas jusqu'à dire que c'est ça qui s'est passé dans le sillon industriel, quoique ..

Le discours paradoxal sur la planification

En fait, je crois que ce n'est pas à vous que je vais rappeler la phrase de Jean Guigou : il n'y a pas de territoire sans avenir, il n'y a que des territoires sans projets. Donc, dès les années 60, on se rend compte que nous avons besoin d'un nouveau projet et d'ailleurs toutes les revendications régionalistes sont fondées sur ce fait que nous avons besoin d'un projet spécifique à la Wallonie pour répondre aux besoins et à la situation spécifique de la Wallonie. D'où un discours sur la planification et les besoins de planification mais je dirais que ce discours est un discours paradoxal, dans la mesure où on fait systématiquement exactement le contraire de ce qu'on dit. Je prends les lois d'expansion économique par exemple, 59 – 75, mais jusqu'en 94, prévoyaient que l'état d'abord, puis la région ensuite, quand elles ont été régionalisées, devaient faire des plans quinquennaux. Nous n'avons jamais eu aucun plan quinquennal, ni au niveau national ni au niveau wallon. Mieux que cela, en 94, les lois avaient été régionalisées, quand on a modifié les lois de l'Expa, on a supprimé ce paragraphe-là des lois d'expansion économique en disant que, tout compte fait, puisqu'on ne l'avait jamais fait et qu'on ne ferait probablement jamais, on a supprimé le paragraphe qui prévoyait les plans quinquennaux.

1962, loi organique de l'aménagement du territoire prévoit également toute une hiérarchie de plans. Vous aviez au sommet de la hiérarchie le plan national d'aménagement du territoire. En dessous du plan national, vous deviez avoir des plans régionaux. En dessous des plans régionaux, vous deviez avoir des plans généraux d'aménagement du territoire (PGA), au niveau des communes et en dessous des PGA, vous deviez avoir des plans communaux d'aménagement du territoire (PPA). Le plan national n'a jamais été fait. Les plans généraux d'aménagement au niveau des communes sur les 1.577 communes que comptait la Belgique en 62, moins de 100 l'ont fait et encore, plutôt des petites que des grandes.

L'histoire du plan régional d'aménagement du territoire est assez cocasse puisqu'on aurait dû le commencer en 62. De 62 à 75, on ne fait rien. En 76, quand même, loi de régionalisation provisoire, mise en place du CMAW, Alfred Califice est le Premier ministre de l'aménagement du territoire et lui, décide de lancer le plan régional d'aménagement du territoire et il en confie la confection à la SDRW (Société du Développement régional pour la Wallonie). En 1983, après de très très larges consultations de toutes les forces vives, des pouvoirs politiques, bref après de très très larges consultations, la SDR remet son avant-projet de plan régional d'aménagement du territoire, le dépose sur la table du gouvernement qui le met, non pas au frigo, mais dans un tiroir et on n'en parle plus jusqu'en 1991. En 1991, suite à des pressions notamment d'Inter-Environnement, Albert Liénart se dit : tout compte fait, ce n'est pas une mauvaise idée, ce PRAT, on va le relancer. Donc relance du PRAT en 1991, rebelote. On reconsulte les administrations, les forces vives, les entreprises, etc. et en 1995, le travail est terminé et l'administration dépose la nouvelle version du plan régional sur la table du gouvernement. Malheureusement, élections anticipées, rappelez-vous, Dehaene anticipe de 6 mois les élections. Donc, le nouveau gouvernement n'a pas le temps d'approuver le PRAT et le gouvernement suivant l'enterre purement et simplement, en disant que c'est un peu délicat de s'engager sur cette voie-là et lance une formule alternative, celle dont je vais vous parler qui est le SDER, donc le Schéma de Développement de l'Espace régional qui est quelque chose, un document d'orientation qui donne des grandes lignes mais qui n'a pas la précision et surtout qui n'a pas la force du plan régional d'aménagement du territoire. En fait, cela vaut peut-être la peine d'en dire deux mots parce que le plan régional était basé sur une logique un peu alarmiste. Donc, il commençait par faire, ce que qu'on appelait le scénario tendanciel. Pour toute une série de secteurs, on faisait de la prospective en disant : voilà ce qui va arriver à politique inchangée. Parmi les projections du PRAT, on disait : à politique inchangée, entre 2005 et 2010, on ferme le chaud à Liège, on s'est fait massacrer à l'époque en disant : mais c'est impensable, ça n'arrivera jamais, vous ne pouvez pas écrire ça et on a dû retirer ça du scénario tendanciel. On voit ce qu'il en est devenu.

Je pourrais vous citer comme ça une série de choses qui avaient été annoncées et qui sont pratiquement toutes arrivées depuis. Donc, l'idée de ce PRAT, c'était de dire : attention, il faut vraiment changer notre façon de voir les choses, sinon on va droit dans le mur et proposer bien entendu une série de scénarios alternatifs, ce que ne faisait pas le SDER.

En 1999, le contrat d'avenir, je ne vais pas vous en parler. Je suppose que d'autres vous en ont parlé.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003

 

3. Le développement territorial

J'en arrive maintenant au cœur de ce que je voulais vous raconter : le développement territorial. Qu'est-ce que le Petit Larousse entend par développement territorial ? Deux choses différentes : soit une définition plutôt administrative, donc une étendue de terres dépendant d'un état, d'une ville, d'une juridiction ou plus intéressante, une définition plus éthologique : zone occupée par un animal ou une famille d'animaux, délimitée d'une certaine manière et défendue contre l'accès des congénères. C'est plutôt cette conception-là du territoire que nous allons adopter dans le SDER. Vous allez le voir dans un instant.

Donc, on considère, on a une approche systémique, vous l'avez compris tout à l'heure avec mon petit schéma en carré, on considère le territoire comme un système, comme un système complexe dans lequel toute une série d'éléments sont en interaction permanente. Donc, il y a le sol, les ressources naturelles, les infrastructures, l'habitat, les hommes et les femmes, bien sûr, les entreprises, les institutions, les lois, les règlements, etc. Donc, la définition opérationnelle plutôt du territoire, ce qu'on pourrait appeler un territoire de projet. Donc, on considère qu'un territoire est un espace dans lequel les solidarités économiques, sociales, politiques et culturelles existantes se traduisent ou peuvent se traduire par une convergence relative des jeux d'acteurs et de leurs stratégies. Donc, c'est cette conception-là du territoire que nous prenons en considération dans tout ce qui va suivre.

Donc, le développement territorial a pour objet le développement global du territoire considéré comme un système, donc tant du point de vue de l'économie que des transports, de l'aménagement, de l'environnement, sociologie, histoire, droit, etc.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003

 

4. Le SDER

Venons-en au SDER. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler l'article fondamental du code de l'aménagement du territoire, c'est l'article 1 qui dit ceci : "Le territoire de la région wallonne est un patrimoine commun de ses habitants. La région et les autres autorités publiques, chacune dans le cadre de ses compétences et en coordination avec la région, sont gestionnaires et garants de l'aménagement du territoire. Elle rencontre de manière durable les besoins sociaux, économiques, patrimoniaux et environnementaux de la collectivité - vous voyez, on retrouve les 4 éléments - par la gestion qualitative du cadre de vie, par l'utilisation parcimonieuse du sol et de ses ressources et par la conservation et le développement du patrimoine culturel, naturel ou paysager." Donc, on oublie souvent que l'aménagement du territoire, ce n'est pas simplement accorder ou refuser des permis de bâtir, c'est bien plus. C'est, je dirais, utiliser tous les outils à connotation spatiale pour favoriser le développement global de la région.

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4.1. Le SDER : un document de référence

Donc, le SDER, comme je vous le disais tout à l'heure, n'a pas de valeur impérative comme l'avait le plan régional d'aménagement du territoire mais c'est un document de référence. Donc, c'est un document de conception de l'aménagement et du développement régional wallon. Il n'a pas de force obligatoire ni réglementaire mais il a quand même été, non pas, le gouvernement n'a pas pris acte mais il l'a approuvé. Donc, le gouvernement, en mai 1999, a approuvé le document. Donc, il est logique qu'il en respecte tout au moins les grandes orientations et il peut s'en écarter bien entendu mais à condition qu'il motive sa décision de s'écarter de ces grands principes, qui, d'une certaine manière, ce n'est peut-être pas ce que le Ministre Lebrun de l'époque souhaitait, mais finalement va relativement loin dans le détail des choses. Vous allez voir sur quelques exemples.

Le SDER intègre une série de documents qui, pour la plupart, lui étaient antérieurs, comme le Plan d'environnement et de développement durable. Il a été intégré. Le Plan de mobilité et de transports a été intégré et de même que le contrat de gestion passé avec la Société wallonne du Logement a été intégré dans le SDER également.

Donc, c'est un document de référence, dans la mesure où il occupe le sommet de la pyramide puisqu'il n'y a jamais eu de plan national d'aménagement du territoire. Il reste donc le schéma de développement régional qui, je dirais, chapeaute l'ensemble des autres documents et des autres politiques liés au sol. C'est un document de référence en matière d'aménagement du territoire mais il ne se limite pas à ça puisqu'il intègre, comme vous allez le voir une série de politiques liées au développement territorial. Donc, il constitue finalement un paramètre important dans l'orientation des budgets et dans l'orientation des politiques sectorielles. Ces indications sont utiles non seulement à l’autorité régionale, mais également aux pouvoirs locaux, aux institutions parapubliques et aux investisseurs privés.

Le développement économique, par contre, ne fait pas l’objet d’une planification par la Région wallonne. Bien que le SDER prenne en compte des objectifs d’ordre économique liés à la gestion de l’espace, il est évident qu’il ne peut pas être considéré comme un substitut à un plan, à une planification économique. Mais, je dirais, il constitue plutôt une espèce de réceptacle qui favorise le développement de l'économique sans pour cela constituer un plan.

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4.2. La structure du SDER

C'est un schéma qu'on a dû déjà vous montrer à plusieurs reprises. Donc, la structure du SDER, c'est une structure relativement classique. Vous avez une série de finalités. Il y en a 8 en tout. Ces finalités sont déclinées en un certain nombre d'objectifs stratégiques, parfois 3 ou 4, parfois plus. Ces objectifs stratégiques sont déclinés en objectifs opérationnels et ces objectifs opérationnels sont déclinés en une série d'actions. Bon.

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4.3. Les finalités du SDER

Les finalités, je disais qu'elles sont de l'ordre de 8.

1. Structurer l'espace wallon.

2. Intégrer la dimension suprarégionale dans le développement de la Wallonie.

3. Mettre en place des collaborations transversales.

4. Répondre aux besoins primordiaux de la population.

5. Contribuer à la création d'emplois et de richesses.

6. Améliorer l'accessibilité du territoire wallon en gérant la mobilité.

7. Valoriser le patrimoine et protéger les ressources.

8. Sensibiliser et responsabiliser l'ensemble des acteurs.

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4.4. Structurer l’espace wallon

Prenons la première des finalités. Structurer l'espace wallon. Elle est déclinée en une série d'objectifs stratégiques. Notamment,

- utiliser les outils qui ont une action structurante

- renforcer la structure spatiale par la révision des plans de secteurs qui, vous le savez, est en cours depuis un certain temps.

- restructurer les villes et les villages.

- revitaliser les zones dégradées.

- utiliser les outils de politique foncière et en créer de nouveaux.

- lutter contre les inégalités spatiales.

- améliorer les outils de gestion du territoire et optimaliser leur usage.

Donc, ce sont les objectifs stratégiques qui sont la déclinaison de la finalité : structurer l'espace wallon.

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4.4.1. Utiliser les outils qui ont une action structurante

Prenons un objectif stratégique : utiliser les outils qui ont une action structurante.

Quatre objectifs opérationnels :

- Susciter des schémas d'agglomération et des schémas de structure pour le pôle puisque le SDER définit une série de pôles : deux pôles majeurs avec un M majuscule que sont Liège et Charleroi, deux pôles majeurs avec un m minuscule que sont Mons et Namur (il ne faut choquer personne) et puis une série de pôles d'appui qui sont des communes moins importantes, des gros bourgs ruraux en général mais qui peuvent servir, je dirais, de pôle de polarisation de leur espace.

Avant que le SDER ne soit approuvé, on avait lancé une série d'expériences, notamment à Liège et à Charleroi où on avait confié à l'Université de Liège pour ce qui concerne Liège et à l'ULB pour ce qui concerne Charleroi, des études préparatoires aux schémas d'agglomération. Donc, une série d'études avaient été lancées à l'époque pour identifier les secteurs dans lesquels les communes avaient intérêt à coopérer et surtout pour essayer d'identifier les communes qui avaient intérêt à jouer le jeu du schéma d'agglomération, donc définir ce qu'on appelle maintenant des bassins de vie, j'y reviendrai dans un instant.

- Susciter des schémas de développement pour les aires de coopération transrégionales. Donc, là aussi, la Wallonie n'est pas une île et la Wallonie est polarisée par des villes fortes mais qui, pour la plupart d'entre elles malheureusement, sont extérieures à la Wallonie. C'est-à-dire que le Hainaut occidental est polarisé par Lille, le grand Lille. Tout le Brabant wallon, mais dans une certaine mesure une partie du Hainaut et même le nord de la province de Namur, sont polarisés par Bruxelles. Le sud Luxembourg est manifestement polarisé par la ville de Luxembourg et pour Liège, c'est un petit peu plus complexe, en fait c'est toute la région de Liège, Hasselt, Maastricht et Aix-la-Chapelle qui constitue une espèce de pôle transfrontalier.

Toute une série de schémas de développement sont en cours ou ont été réalisés dans ces différents cadres. Vous avez probablement entendu parler dans le Hainaut occidental du projet Groot Stad qui est un projet de développement commun de toute une série de communes qui font partie du Grand Lille, ce grand Lille s'étendant jusque Tournai, jusque Courtrai. Donc, là, il y a véritablement un projet de développement qui est soutenu par l'ensemble des intercommunales. On a été un petit peu plus loin dans un GIEI qui s'appelait l'Eurorégion où on a essayé, si cela vous intéresse, nous avons encore un certain nombre d'exemplaires de cette brochure, essayé d'identifier les domaines dans lesquels la Région wallonne, la Flandre et le Nord – Pas-de-Calais avaient intérêt à coopérer et quels étaient les clusters notamment qu'ils avaient intérêt à développer ensemble. Il y a également un projet qui s'appelle MHAL qui vise à déceler et à organiser les synergies entre les 4 villes que je vous citais tout à l'heure, donc Liège, Maastricht, Hasselt et Aix-la-Chapelle. Donc, il y a toute une série d'études qui ont été faites sur ce thème-là. Le problème, c'est que, une fois qu'on a identifié les synergies et qu'on a démontré aux responsables politiques qu'ils ont intérêt à coopérer entre eux, ils applaudissent quand on fait l'exposé et puis, ils rentrent chez eux et ils oublient rapidement.

- Encourager les coopérations supracommunales. Donc, là, vous avez probablement tous déjà reçu le petit bouquin qu'on a fait là-dessus où on a étudié toute une série de coopérations qui allaient de la coopération en matière de gestion des déchets ou de l'eau jusqu'à la coopération culturelle en passant par, enfin il y en a 37 je crois, types de coopérations qui sont analysées, justement pour essayer de faire comprendre aux responsables locaux quelle est la logique qui sous-tend ces coopérations et leur démontrer l'intérêt qu'ils ont finalement à s'associer pour gérer une série de domaines. C'est l'état de la question, c'est l'état de lieux. C'est assez scientifique. On vient de sortir et il y en a un certain nombre d'exemplaires, je les ai mis à la sortie pour que vous ne le lisiez pas pendant que je cause, il y a une petite plaquette de vulgarisation qui s'appelle Les communautés urbaines où on explique dans un langage très clair les communautés urbaines, pourquoi ? les communautés urbaines, comment ? en renvoyant bien entendu pour plus de détails à l'étude scientifique qui a été faite par la CPDT.

- Accompagner les projets des parcs naturels et des contrats de rivières. Pour ceux, Monsieur Sottiaux peut en attester, pour ceux qui suivent de près l'évolution des parcs naturels. On remarque que si, au départ du lancement des premiers parcs naturels, ils étaient orientés essentiellement voire exclusivement sur la protection de la nature, ils sont de plus en plus orientés maintenant sur la valorisation du potentiel que constitue le patrimoine naturel, le patrimoine bâti pour développer cette potentialité au niveau du tourisme mais également au niveau des productions locales. Bref, protéger oui, mais protéger pour conserver un patrimoine qu'on peut valoriser pour créer de la richesse. Donc, c'est tout une autre logique et notamment, ce qui se passe dans le parc naturel du Pays des Collines pour l'instant, est assez exemplaire à ce niveau-là. Il en est de même au niveau de contrats de rivière. Si on lance un contrat de rivière, ce n'est pas simplement pour le plaisir de protéger les poissons et les petites fleurs, c'est justement pour essayer de protéger un patrimoine naturel qu'on peut valoriser et qui peut être source d'un dynamisme économique local.

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4.4.2. Renforcer la structure spatiale par la révision des plans de secteur

Autre objectif stratégique de cette finalité. Renforcer la structure spatiale par la révision des plans de secteurs.

Premier objectif opérationnel, implémenter le projet de structure spatiale. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais comme je vous le disais déjà tout à l'heure, le SDER identifie une série de pôles majeurs, une série de pôles relais, de pôles d'accroche. Donc, l'idée, c'est de renforcer ces pôles, concentrer sur ces pôles une série de fonctions et faire en sorte que ces pôles soient reliés entre eux par des infrastructures structurantes et nous sommes pour l'instant avec le Ministère de l'Equipement des Transports en train de revoir fondamentalement la classification des routes, ou plutôt que la classification actuelle, vous savez RGG et RESI, on s'orienterait vers deux autres catégories, les infrastructures qui relient les pôles qui sont des infrastructures structurantes et les autres.

Deuxième objectif opérationnel, éviter la dispersion de l'habitat. Donc, je vous ai expliqué tout à l'heure mais je reviendrai dans un instant là-dessus. Je vous ai expliqué tout à l'heure comment et pourquoi finalement l'habitat continuait à se disperser, puisque toute une série d'outils qui avaient été mis au point n'ont été modifiés, améliorés que très très tard. Et encore aujourd'hui, ils continuent à faire jouer leurs effets pervers. Donc, il faut manifestement mener une série d'actions, je vous en détaillerai une tout à l'heure, des actions parfois impopulaires pour éviter que la dispersion de l'habit ne continue à faire ses effets.

Troisième objectif opérationnel, recycler et réaffecter les friches. Là, on a dû vous en parler. Les sommes à consacrer à l'assainissement des friches industrielles sont de plus en plus importantes et une partie significative des fonds européens sont d'ailleurs utilisés à l'assainissement des friches industrielles. Comme les mécanismes réglementaires étaient relativement lourds, nous avons, en 99, modifié la réglementation et créé une réglementation d'exception, ce qu'on appelle les SIR, les sites d'intérêt régionaux, qui sont vraiment une réglementation d'exception et qui permettent de court-circuiter pratiquement toutes les procédures administratives pour accélérer et rendre beaucoup plus opérationnelles les opérations d'assainissement.

Quatrième objectif opérationnel, revoir les affections obsolètes. Vous savez, les plans de secteurs pour les derniers d'entre eux sont sortis en 87 mais les premiers sont sortis en 1978. Donc, ça veut dire que l'avant-projet qui était, à peu de choses près, la même chose que le plan de secteurs définitif, donc l'avant-projet datait de 1975. Donc, ça veut dire qu'il avait été conçu au début des années 70 sur base d'extrapolation de chiffres des années 60. Donc, inutile de vous dire qu'en 2001, un plan de secteurs conçu sur base de l'extrapolation de chiffres des années 60, parfois, il est complètement à côté de la plaque. Donc, il y a lieu de revoir fondamentalement certaines affectations et c'est notamment ce qui vient, il y a quelques mois, de passer au Gouvernement où on a modifié toute une série d'affectations pour répondre aux nouvelles demandes de l'industrie légère et de l'industrie tertiaire qui ne trouvaient pas dans les plans de secteurs des années 70, finalement, la satisfaction de ses besoins qui avaient été conçus, comme je vous l'expliquais tout à l'heure, plutôt pour l'industrie lourde et le secteur secondaire, plutôt que pour des industries tertiaires très légères, comme on en connaît aujourd'hui.

Cinquième objectif opérationnel, protéger et améliorer les paysages. Il y a une série d'actions qui sont menées pour l'instant où on reboise, on essaie d'éradiquer des campings qui ont été implantés de façon malheureuse et qui ont saccagé le paysage. Donc, il y a toute une série d'actions concrètes, de requalification des paysages qui sont en cours pour l'instant. Ce qu'on ne faisait pas avant, c'est que, avant de modifier le plan de secteur, maintenant, on fait une étude d'incidence. On fait une évaluation ex ante des conséquences à moyen et à long terme de ces modifications. Donc, on ne se contente pas de dire : il y a telle demande, voilà comment on y répond. Non, on se pose la question de savoir : oui, mais cette modification, qu'est-ce qu'elle pourrait entraîner comme effet pervers dans 10 ans ou dans 15 ans ou dans 20 ans ?

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4.4.3. Restructurer les villes et les villages

Restructurer les villes et les villages, c'est un autre objectif stratégique. Pour ça, les objectifs opérationnels sont :

- freiner la délocalisation des activités vers les périphéries,

- assurer de bonnes conditions d'accessibilité aux fonctions centrales qu'on essaie de concentrer dans les centres,

- recentrer l'habitat par des incitants ad hoc,

- améliorer l'aménité des espaces publics centraux,

- encourager la mixité raisonnée,

-  protéger les fonctions faibles,

-  articuler les centres et les quartiers.

Donc, vous voyez qu'il y a une série d'objectifs bien précis.

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4.4.4. Revitaliser les zones dégradées

Revitaliser les zones dégradées. Cela veut dire

- Donner priorité aux zones d'initiative privilégiée dont vous avez probablement déjà entendu parler. Actualiser. Il faut savoir que les ZIP ont été définis en 93 sur base des chiffres du recensement de 81 parce qu'en 93, on ne disposait pas encore des chiffres de 1991. Donc, ça a été présenté au Gouvernement à une mauvaise période, quelques semaines avant les élections, à mon avis, on va plutôt en reparler dans les semaines qui vont venir. Donc, on a réactualisé ces chiffres-là en se basant maintenant sur les chiffres de 2002. Je ne vais pas entrer dans les détails mais nous avons pris exactement les mêmes critères que ceux que Charles Piqué a utilisés pour définir ses quartiers en difficulté. La différence, c'est que Picqué a fait ce travail-là dans les grandes villes, donc dans les 17 régions urbaines de Belgique puisqu'il est ministre des grandes villes. Nous avons appliqué exactement les mêmes critères sur l'ensemble de la Wallonie avec, comme avantage, c'est que là où Picqué a des quartiers en difficulté, nous en avons aussi, c'est les mêmes, ils coïncident mais en dehors des régions urbaines, nous en avons évidemment là où Picqué n'en a pas. Mais au moins, là où nous devons mener des politiques communes avec le fédéral et avec la Communauté française, nos zones coïncident. Donc, maintenant les zones wallonnes avec les zones fédérales et les ZAP et les ZEP de la communauté recouvrent les mêmes zones, ce qui permet de travailler ensemble dans des zones identiques.

- Assainir en priorité les friches urbaines. Donc, si vous regardez l'orientation des crédits d'assainissement des friches industrielles, ils sont essentiellement orientés sur les centres urbains.

- Améliorer les entrées d'agglomération. Je suppose que vous voyez de temps en temps des travaux importants réalisés par le MET qui transforme les voies d'entrée en boulevards urbains.

- Restructurer les sites touristiques dégradés. J'en parlais tout à l'heure.

- Requalifier les paysages dégradés aussi.

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4.5. Répondre aux besoins primordiaux

Autre finalité, mais là je passe très rapidement parce que je crois que vous avez compris la logique.

Répondre aux besoins primordiaux en assurant un cadre de vie attractif en répondant aux besoins en logement, en répondant aux besoins en commerces, équipements et services, assurer une alimentation de qualité – ça c'est pour l'agriculture – Assurer les besoins d'eau potable – ça c'est la protection des nappes phréatiques. Et protéger la population contre les risques naturels. C'est empêcher les gens d'aller s'installer dans les zones inondables, dans des zones karstiques, dans des zones d'effondrement et les protéger également des risques technologiques, c'est mettre les entreprises Seveso, de préférence, loin des centres habités.

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4.6. Exemple d’une fiche d’action

Exemple d'une fiche action puisque je vous ai expliqué la logique, finalité, objectif stratégique et action. Donc, ici, la finalité, c'est structurer l'espace wallon. L'objectif stratégique, c'est structurer les villes et les villages et ici, l'action, c'est recentrer l'habitat par des actions ad hoc.

Les effets de la désurbanisation que je vous expliquais tout à l'heure, on a, pour convaincre le gouvernement, fait un petit calcul, c'est la CPDT qui l'a fait. On a comparé le coût pour les pouvoirs publics de l'équipement d'une parcelle dans une série de cas de figure. Vous avez le cas le plus favorable, c'est le coin supérieur gauche. Une parcelle de 7 mètres bordée des deux côtés. C'est la situation classique en ville, vous avez des maisons des deux côtés de la rue et le parcellaire fait 7 mètres : 5.260 euros. A l'inverse, ça, c'est le lotissement périphérique avec une belle vue sur le paysage, des parcelles de 30 mètres : 24.000 euros. Cela veut dire que le beau lotissement avec vue sur le paysage coûte 5 fois plus cher que, 4,6 fois plus cher à la collectivité que la maison en rangée dans un centre urbain. Si c'était le propriétaire qui payait ce coût, ça ne serait qu'un demi mal mais ici, le problème, c'est que c'est la collectivité. Donc, tout le monde, et ce compris les pauvres qui payent finalement pour certains pour leur permettre de bénéficier de cette situation privilégiée.

Le problème, c'est que ça ne s'arrête pas là. C'est que ce type de configuration spatiale coûte très cher en fonctionnement, la distribution du courrier. Vous vous rendez compte que si vous avez une boîte aux lettres tous les 7 mètres, vous êtes plus productif que si vous en avez une tous les 30 mètres. Idem pour le ramassage des immondices. Le ramassage scolaire, c'est possible dans des zones denses. Ça l'est beaucoup moins ou ça coûte beaucoup plus cher dans les zones peu denses. Puis il y a le coût du déclin urbain dont je vous parlais tout à l'heure pour les CPAS.

Il y a un impact négatif sur la mobilité. C'est qu'on a constaté que la part modale des transports en commun était plus de deux fois plus élevée dans les zones denses que dans les zones périphériques. Donc, cela veut dire que plus on habite une zone à densité plus élevée, plus on utilise sa voiture, donc plus on pollue.

Impact également sur la cohésion sociale. Les villes se dualisent, je l'ai expliqué tout à l'heure et les villes centres se paupérisent.

Il y a des impacts sur l'environnement, on a calculé un indice de développement durable et on l'a calculé dans toute une série de cas de figures. Dans un cas précis, on a pris la même commune, Cour-Saint-Etienne, on a comparé deux constructions de surfaces équivalentes, la première, pour ceux qui connaissent, sur le site Henricot, donc, c'est une friche industrielle qui a été assainie et où on a reconstruit un petit centre commercial avec des logements, des commerces, un petit peu des bureaux. Donc, on a recréé un centre à Cour-Saint-Etienne dans le cadre d'une opération de réhabilitation et l'autre, c'est une maison de même surface plancher dans un lotissement périphérique. Dans le premier cas, l'indice de développement durable, il est positif puisqu'on a remplacé une situation négative. Il faut dire que le site Henricot était pollué, par une situation positive. Dans l'autre cas, on a un impact négatif : - 12. Donc, vous voyez la différence d'impact sur l'environnement de la construction dense et de la construction éclatée.

Quelle est la philosophie de la politique préconisée, c'est de ne plus aider la construction de logements dans les zones qui entraînent d'importants surcoûts collectifs, ainsi qu'un surcoût de nuisance sur l'environnement et au contraire, d'inciter les ménages à s'établir dans des quartiers où l'habitat n'est pas dispersé, où les équipements collectifs et les services existent, où l'épuration collective est possible et où les transports en commun existent. On appelle ces quartiers, noyaux d'habitats, c'est ce qui devrait passer prochainement au gouvernement, l'idée étant bien entendu de ne plus accorder aucune aide à la construction de logement en dehors de ces zones-là de façon à favoriser au maximum. On ne peut pas empêcher évidemment les gens d'aller s'installer dans les champs de patates, nous sommes en démocratie. Donc, celui qui veut le faire pourra toujours continuer à le faire mais il n'aura plus un franc d'aide de la Région wallonne et au contraire, celui qui voudra s'installer dans les noyaux d'habitat sera aidé par la région.

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4.7. Le tableau de bord du développement territorial

Tout ça, c'est bien beau, cette déclinaison d'objectifs stratégiques en objectifs opérationnels et en actions. Il faut voir si on garde le cap. A côté de cette arborescence d'objectifs, nous sommes en train de construire le tableau de bord du développement territorial où, donc, pour chaque objectif, on construit une batterie d'indicateurs, des indicateurs de réalisation pour voir si les actions sont bien réalisées, des indicateurs de résultats pour voir si les objectifs opérationnels sont bien atteints et des indicateurs d'impact pour voir si les objectifs stratégiques sont bien atteints. Je ne vais pas rentrer dans le détail mais je vous ai mis ici un exemple pour la finalité 6 du SDER. Donc, la finalité 6, c'est améliorer l'accessibilité du territoire et gérer la mobilité. Et, vous avez là mais je ne vais pas (ah, on ne le voit pas, tant mieux, comme ça on pourra passer beaucoup plus vite). Vous voyez qu'on a construit toute une batterie : objectifs stratégiques, objectifs opérationnels, les indicateurs avec chaque fois la source des données qui ici, puisque nous sommes dans le secteur de la mobilité, les données viennent essentiellement de la SCNB, des TEC et du ministère de l'équipement et des transports. Donc, ici, vous avez tout le tableau de bord relatif à cet objectif-ci. Ici, on voit déjà un peu mieux.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003

 

5. La CPDT

La Conférence permanente du Développement territorial. La finalité, c'est de garantir à la recherche régionale, en matière de développement territorial, une gestion intégrée dans une perspective à long terme. Donc, même logique. Cette finalité se décline en une série d'objectifs stratégiques : constituer un outil d'aide à la décision pour le gouvernement – je vous citerai quelques cas tout à l'heure – créer un espace de réflexion transversale au sein des administrations et des institutions wallonnes – ça manquait manifestement, je vous en dirai un mot tout à l'heure, c'est vraiment intéressant ce qui se passe à la CPDT à ce niveau-là –, susciter la création au sein des trois universités d'équipes de recherches multi­disciplinaires. Vous savez que dans les universités, il y a une grande rivalité en général entre les différentes chaires et les professeurs de temps en temps se parlent mais ils ne collaborent que très rarement entre eux. Donc, ici, on a travaillé en deux phases avec les trois universités, les trois grandes universités francophones. Première phase, ça a été de constituer au sein de chacune des universités un groupe pluridisciplinaire. A l'UCL, ça existait déjà en grande partie, c'était le CREAT, pour ceux qui connaissent, Monsieur Govaert. Il manquait juste quelques compétences notamment en matière de démographie. Là, on a un peu incité le CREAT à collaborer avec d'autres services de l'UCL, notamment le service du Professeur Poulain, le GDAP. En ce qui concerne l'ULB, c'était un petit peu plus compliqué. Il y avait une série de groupes qui étaient plus ou moins multidisciplinaires. Donc, il y avait l'institut d'Urbanisme, il y avait l'ISURU, il y avait le groupe d'études Habit – Aménagement du territoire, il y avait l'IGEAT. Donc, on a incité tous ces instituts à travailler ensemble et à constituer le GUIDE, groupe universitaire interdépartemental de développement urbain et rural. Donc, ils ont fusionné si vous voulez et créé une association momentanément qui regroupe l'ensemble de ces instituts. A Liège, c'était encore plus compliqué. Il n'y avait rien du tout. Donc, là, on a incité l'université à constituer un groupe pluridisciplinaire. Donc, il y a 7 facultés qui ont constitué un groupe qui s'appelle le LEPUR, Laboratoire d'Etude et de planification urbaine et rurale. Comment est-ce qu'on les a amenés à constituer ce groupe ? Comme d'habitude, avec une carotte. Donc, à Liège, on leur a dit : voilà, on va vous confier les études préalables au schéma d'agglomération de Liège mais pour ça, vous avez besoin de mettre dans un même groupe des compétences en matière de sociologie, d'économie, de géographie, etc. et vous devez donc constituer un groupe pluridisciplinaire pour gérer ce programme-là. Et ils l'on fait évidemment pour avoir le programme. On a fait la même chose à l'ULB. Donc, on leur a dit : vous allez faire les études préparatoires au schéma d'agglomération de Charleroi mais pour ce faire, vous allez devoir fusionner l'ISURU, l'institut d'urbanisme, l'IGEAT et ils ont constitué ainsi le GUIDE. Quand ça a été fait, donc deux ans après, on a sauté une étape. Donc, on a été une étape plus loin. On leur a dit : maintenant, on va vous confier un programme de recherches pluriannuel, important (3 millions d'euros, 120 millions à l'époque) mais pour gérer ce programme, vous allez constituer une association momentanée de ces 3 groupes d'études et les études seront confiées à l'association momentanée des trois groupes et tous les programmes de recherches devront être réalisés au minimum minimorum par deux groupes. Donc, on ne pourra pas couper les 120 millions en trois, en disant chacun prend 40 millions et se débrouille avec. Non, chaque thème devra être développé conjointement par au moins deux centres universitaires. Et je dois dire qu'au début, ça a posé quelques problèmes mais maintenant depuis 99 que ça a été constitué, ça marche de mieux en mieux et maintenant, même pour des études qu'on ne leur confie pas, spontanément, ils s'associent et ils soumissionnent ensemble dans des projets européens parce qu'ils se sont rendu compte quand même qu'on est plus fort à 2 ou à 3 que tout seul.

Donc, dernier objectif stratégique : contribuer à la constitution progressive d'une pépinière de jeunes talents formés au concept du développement territorial. Là, nous sommes les premiers à en bénéficier puisque nous avons déjà piqué quelques chercheurs à la CPDT qui ont été engagés dans diverses administrations du MET, notamment à l'Observatoire de la mobilité et de la Région wallonne. Les partenaires de la CPDT, ce sont les trois universités francophones, j'en ai parlé, les administrations wallonnes. Donc, on retrouve autour de la table, d'un côté les trois universités et de l'autre côté, 13 départements de la région – je ne vais pas les citer tous, ça serait trop long – mais on retrouve l'économie, l'aménagement du territoire, l'environnement, les transports, l'agriculture, enfin tous les départements qui contribuent au développement territorial, le gouvernement wallon (tous les ministres sont représentés dans l'assemblée générale) et un certain nombre d'organismes associés, la CRAT, le conseil wallon de l'environnement et du développement durable, le CSERW, le conseil supérieur, l'UVC, la SWL, la SWRT et l'Institut du patrimoine wallon. Donc, ils contribuent aux travaux. Comment ? Donc, la structure est relativement simple. Vous avez le comité d'accompagnement plénier, le conseil d'administration si vous voulez, où là, on retrouve tous les partenaires et c'est le comité d'accompagnement plénier qui décide du programme, programme de recherches, c'est un programme trisannuel. Donc, je dirai, c'est là que se prennent les grandes décisions d'ordre politique avec un grand P. Les programmes de recherches qui portent sur 3 ans sont définis par le comité d'accompagnement plénier. La gestion des dispositifs est assurée par un bureau. Il est évident qu'on ne va pas réunir 30 personnes chaque fois qu'il y a un petit problème à régler. Donc, il y a, je dirai, un petit exécutif qui règle les problèmes quotidiens et il y a un secrétariat de deux personnes qui assurent la cuisine interne. Sur le côté, vous avez une équipe d'auto-évaluation puisqu'on préconise l'auto-évaluation, la meilleure chose à faire, c'est commencer par la faire soi-même. Donc, on a mis en place un dispositif d'auto-évaluation permanente de la CPDT. Donc, tous les programmes de recherches font l'objet d'une évaluation ex ante avant d'être approuvés par le comité d'accompagnement. Il y a une évaluation chemin faisant, tout au long du processus et à la fin de chaque période de recherche, une évaluation ex post, pour voir si on a bien atteint les objectifs qui étaient définis au départ.

Vous avez une série de programmes de recherche, en général 5 ou 6 par période de programmation, chaque thème de recherche étant suivi par un comité d'accompagnement technique où on retrouve les administrations et les ministres qui sont intéressés plus des spécialistes des comités, CRAT, CWET, etc. qui sont spécialement intéressés par le thème de recherche et c'est eux qui servent véritablement de pilote. Donc, ils sont là pas seulement pour surveiller administrativement que les universités font bien leur boulot mais ils sont là comme personnes ressources puisqu'ils connaissent les matières. Donc, ils sont là, à la fois pour aider les chercheurs et surtout pour les réorienter de façon à ce que les recherches répondent bien à leurs besoins pratiques puisque c'est un outil d'aide à la décision. Donc, il ne s'agit pas de faire de la recherche pour le plaisir de chercher, c'est de la recherche appliquée qui doit être directement utilisable par les administrations et les ministres. Donc, ils doivent répondre, je dirai, aux besoins de la Wallonie à terme puisqu'un des principaux critères de choix des thèmes de recherche, c'est de correspondre à un enjeu du gouvernement à l'échéance. Donc, pour l'instant, le programme vous le verrez tout à l'heure, le programme de recherche qui vient de commencer, 2002 – 2005, correspond aux grands enjeux qui se poseront à la Wallonie à partir de 2005, notamment le respect du protocole de Kyoto. Donc, les thèmes de recherche, ça, c'est les thèmes de la première période de programmation, 98 – 2000. Le coût global de la désurbanisation. Donc, ce sont ces travaux-là qui ont fait l'objet d'une brochure que vous avez probablement déjà reçue, c'est celle-ci. Ceux qui ne l'ont pas reçue n'ont qu'à me laisser leurs coordonnées, je leur ferai parvenir. Et, c'est ce programme qui a servi à convaincre le gouvernement qu'il était grand temps de définir des noyaux d'habitat et de développer des politiques spécifiques dans les noyaux d'habitat pour éviter la dispersion de l'habitat qui commence à nous coûter très cher.

L'optimisation des grandes infrastructures. Donc, là, il s'agit d'utiliser au mieux les grandes infrastructures existantes, notamment l'aéroport de Bierset. Ça n'a pas été très apprécié par la population environnante mais c'est la CPDT qui a fait l'étude d'optimisation et de valorisation de l'aéroport de Bierset et ce sont ces travaux-là qui ont servi de base à la révision du plan de secteurs de Liège, pour permettre justement la valorisation optimale de l'aéroport de Bierset.

L'influence de la PAC et de l'agenda 2000 sur la zone rurale. Ça, c'était au moment où on discutait de la réforme de la PAC; ça a donné des instruments au gouvernement belge pour négocier au niveau de l'Europe.

Rationalisation des outils de développement communaux. Ça, vous savez qu'il y a une foultitude d'outils qui se recoupent tous plus ou moins. Donc, le gouvernement avait demandé à la CPDT de remettre un petit peu d'ordre dans tout ça. Le travail a consisté à faire une proposition d'un décret qui chapeauterait l'ensemble des outils communaux et qui, en même temps, rationaliserait tous les outils existants en supprimant les doubles emplois et en organisant les synergies, en faisant chaque fois que l'outil mobilité devienne, non pas, ne fasse plus double emploi avec l'outil de schéma de structure mais soit vraiment le complément du schéma de structure. Donc, c'est vraiment une rationalisation de l'ensemble des outils qui a été proposée. Ça fera d'ailleurs l'objet d'un colloque le 18 novembre prochain. Avis aux amateurs.

Harmonisation des plans régionaux et suprarégionaux. Donc, là, il s'agit d'harmoniser le SDER, le PRT bruxellois, le Structuur Plaan van Vlanderen, de façon à éliminer les contradictions qu'il y avait aux jointures et donc, le petit bouquin bleu que je vous ai montré tout à l'heure, on a été au-delà puisqu'on a essayé d'harmoniser notre plan de développement avec celui du Nord – Pas-de-Calais avec le plan de développement des nos amis allemands et hollandais.

Recherche sur le logement durable qui a servi de base de travail à la réunion des ministres européens du logement quand la région avait la présidence de l'Union européenne et les bases de données, donc là il s'agit d'une base de données centrale qui rassemble toutes les statistiques qui concernent la région wallonne et qui sont nécessaires aux recherches. Donc, on s'est rendu compte que pour développer le programme de recherches, il fallait aller chercher des statistiques à gauche et à droite. Elles n'étaient pas toujours coordonnées. Donc, on a constitué une base commune. Ça s'est fait en collaboration avec le SES bien entendu de façon à ce qu'on travaille sur les mêmes séries, avec les mêmes années de référence, avec la même définition des concepts, etc.

Programme 2000 – 2006, on va accélérer. Le nouveau programme, je viens de vous en parler, celui qui vient de commencer. Donc, les nouvelles pratiques de l'espace. On étudie les mutations spatiales et les structures territoriales. Donc, nous sommes vraiment dans la politique des plans de secteurs. Le deuxième thème, c'est l'adhésion de la région au protocole de Kyoto, parce qu'on a signé, maintenant il va falloir l'appliquer. Même si on ferme le choix Cockerill, ça ne va pas tout arranger. Il va falloir prendre une série d'autres mesures pour atteindre les objectifs du protocole. Donc, c'est l'objectif de la recherche. Qu'est-ce qu'il faut encore faire pour respecter nos engagements en matière de Kyoto ?

Le renouveau urbain, là, c'est toute une stratégie de renouveau urbain dont la définition des noyaux d'habitat et des zones d'initiatives privilégiées dont je vous parlais tout à l'heure fait partie.

L'agenda 21 local et nouvelle gouvernance, j'ose à peine vous en parler. Certains d'entre vous ont probablement entendu que le ministre président a envie de lancer un contrat d'avenir communal. Donc, ça va servir à un contrat d'avenir au niveau de la commune.

Système de gestion territoriale de l'environnement. Donc, ça c'est toute la problématique et c'est lié d'ailleurs au protocole de Kyoto. C'est la problématique de l'impact des mesures en matière de développement territorial sur l'environnement. Et le système de gestion de l'information territoriale, en fait, c'est le tableau de bord dont je vous parlais tout à l'heure qui est le système de suivi, tableau bord de suivi du projet de SDER.

Les moyens de communication de la CPDT. Il y a un site internet. Je vous suggère d'aller dessus. Il est vraiment très bien fait. Il y a un trimestriel : La Lettre de la CPDT qui fait trimestriellement l'état de l'état d'avancement des recherches et à chaque fois, il y a un petit dossier qui détaille un des thèmes en cours. C'est ceci. Il y en a un certain nombre d'exemplaires à la sortie et j'ai mis également un petit formulaire puisque c'est gratuit. Ceux d'entre vous qui ne sont pas abonnés et qui veulent le recevoir, ils remplissent le petit formulaire et ils le recevront bien gracieusement.

Les rencontres annuelles. Chaque année, il y a un colloque qui est organisé. Je vous dis : cette année-ci, c'est le 18 novembre et c'est sur les outils de développement communaux. Il y a des séminaires ciblés qui sont organisés le plus souvent pour les fonctionnaires régionaux mais certains sont destinés aux fonctionnaires communaux. Il y a les rapports de recherches, bien entendu mais qui sont en général des briques de 300 - 400 pages. Là, il faut vraiment s'accrocher pour les lire. Donc, il y a des résumés de ces rapports de recherches qui sont plus légers, entre 30 et 50 pages et qui sont sur le site internet. On peut les télécharger. Et pour les thèmes les plus intéressants, ils font l'objet de publications. C'est bien illustré, c'est écrit dans un langage clair. Et enfin, les plaquettes, je vous ai montré tout à l'heure celle-ci. Ce sont des petites plaquettes de vulgarisation des recherches qui sont faites pour informer, bien sûr mais pour inciter à aller plus loin et à rentrer au minimum minimorum dans le document de base et idéalement pour aller jusqu'au rapport de recherches.

Les rencontres annuelles, je vous ai dit. En 2001, c'était la présentation générale des résultats. On s'est rendu compte que c'était un peu trop vaste de développer 6 sujets lors d'un même séminaire. Donc, la deuxième année, on s'est centré sur la gestion foncière et cette année-ci, on se centre sur la commune, acteur du développement territorial.

Il y a la série : Etudes et documents. Donc, on en a remis un certain nombre d'exemplaires à l'Institut Jules Destrée. Donc, ceux qui ne l'ont pas, l'Institut pourra vous le faire parvenir.

Et le secrétariat est assuré par deux personnes. Donc, si vous voulez en savoir plus sur la CPDT ou si vous voulez obtenir un document, un rapport de recherche, un CD-Rom, n'importe quoi, vous pouvez leur envoyer un petit e-mail, ils vous répondront bien volontiers.

Merci de votre attention.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003

 

Débat

Marcel Levaux

Les rats que nous sommes, c'est-à-dire la population, comment est-ce qu'on va aboutir à pouvoir converser avec des tas de gens de ce problème-là parce que ça touche à leur situation concrète, où ils habitent, comment ils habitent, .. vous abordez la généralité du problème extrêmement concret de la vie quotidienne. Là, mon interrogation est absolue, comment est-ce qu'on va arriver à associer les rats à la discussion ?

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André Elleboudt

C'est une question d'intérêt purement égocentrique. Vous avez parlé tout à l'heure de CPDT, dans les objectifs, si j'ai bien compris, d'une pépinière, sinon de génies, du moins de personnes de référence. Quelles sont les possibilités de collaborer avec des gens pareils au niveau local, quand il y a une recherche qui est en route ?

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Eric Jurdant

Moi, j'ai bien aimé évidemment les moyens qui pourraient être mis en œuvre. Notamment quelques exemples que vous avez donnés en matière d'orientation de l'urbanisation par exemple, future mais je me pose quand même des questions. Moi, je vois qu'au niveau de la Région Wallonne, il y a énormément de moyens qui existent mais qu'il y a une faiblesse ahurissante dans la mise en œuvre et donc, on a souvent une bonne analyse, de bons moyens et ils ne sont pas mis en œuvre. En matière de protection des pollutions par exemple, je vous assure que c'est la catastrophe actuellement dans le service qui gère les choses à la Région wallonne. Mais je remarque aussi que quand on a des moyens qui sont bien calibrés et que l'administration, sous la pression parfois du politique ou simplement l'administration fait bien son travail et met tout en œuvre pour qu'elle soit crédible, et bien il y a des effets qui se produisent sur le terrain. Il faut aussi, me semble-t-il, que les moyens soient bien calibrés. En matière par exemple de primes pour orienter l'habitat, on peut s'interroger actuellement de savoir quelle est encore la catégorie de population qui construit. On constate qu'il y a de gros problèmes en matière de réserve de logements, qu'il y a de l'habitat, il y a d'ailleurs un plan pluriannuel sur l'état permanent dans les zones touristiques qui témoigne qu'il y a un problème mais les primes par contre qui sont octroyées et qui sont prévues par le gouvernement wallon ne sont pas accessibles puisque ces personnes n'ont pas les moyens de toute façon de construire. Donc, la majorité des constructions sont quand même faites actuellement par des personnes qui ont des moyens supérieurs et n'ayant pas accès à ces fameuses primes. Est-ce qu'il ne faudra pas donc recalibrer l'ensemble pour avoir un impact réel ? Ce sont des questions que je me pose. Je crois qu'en terme, l'analyse est souvent bien faite, la mise en œuvre des moyens, là je crois qu'on pèche par un gros problème et parfois, le recalibrage est nécessaire. Là, on est dans l'ordre du politique évidemment et de l'exécution.

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Ghislain Geron

Première question : comment intéresser les rats ? Mais, comme je le disais, la clé de lecture que nous utilisons par rapport au rapport Brundtland, on accorde une place primordiale à la culture. On se rend compte qu'une bonne partie de ce qui nous arrive, c'est un problème culturel. Donc, ce qu'il y a lieu, c'est de susciter une révolution culturelle. Comment ? Des grands moyens, on peut toujours y rêver mais en général, ils sont relativement peu efficaces, voire inefficaces. Donc, on a commencé à mettre en place une série de petits moyens et j'apprends avec plaisir que, dans la région de Dinant, il y a encore un petit moyen supplémentaire qui est en train de se mettre en place. Quelques exemples de petits moyens. Donc, le développement rural, Monsieur Sottiaux pourra en parler beaucoup plus en détail et avec beaucoup plus de pertinence que moi, mais le développement rural a mis en œuvre depuis une trentaine d'années, un processus d'intéressement de la population au devenir de leur commune. Donc, un programme communal de développement rural se construit, ça dure longtemps, c'est un processus qui dure deux ans, se construit vraiment pas à pas avec la population. Il y a des dizaines des réunions où on amène la population  à réfléchir sur la situation, sur les problèmes, étudier les solutions, parmi les solutions, voir celles qui sont faisables, celles qui ne le sont pas; parmi celles qui sont faisables, celles qui sont souhaitables. Vraiment la même démarche que celle que nous sommes en train de faire ici dans le cadre de Wallonie 2020 mais au niveau de la commune rurale, ce qui amène en général la population non seulement à réfléchir sur son devenir mais à réfléchir sur le rôle qu'elle pourrait jouer dans le devenir de sa commune et à reprendre confiance sur sa possibilité, sa capacité d'agir. Je crois que ça, c'est avec des petites choses comme ça qu'on arrivera à fomenter cette révolution culturelle. Il y a d'autres organes qui ont été mis en place. Dans les quartiers d'initiative, ce qu'on appelle les quartiers d'initiatives en rénovation urbaine, c'est exactement la même démarche qu'en développement rural, on essaie d'intéresser la population du quartier à étudier les problèmes du quartier, à définir le projet de quartier et on essaie d'impliquer un maximum la population à la mise en œuvre du projet de quartier. Donc, là aussi, pour les responsabiliser et leur faire prendre conscience que eux aussi, peuvent agir et qu'ils ont une responsabilité, un rôle à jouer dans le devenir de leur quartier.

On essaie de construire un projet qui intéresse aussi bien le secteur public que le secteur privé que le monde associatif, à un projet de développement. Je pourrais multiplier les exemples et vous parler de la façon d'élaborer un schéma de structure. Donc, il y a toute une série de petites initiatives qui sont prises pour l'instant et qui ont pour objectif, apparemment secondaire, mais d'une certaine façon, c'est l'objectif premier, de faire prendre conscience aux gens du rôle qu'ils ont à jouer dans le devenir de leur quartier, si on est dans le cadre d'initiative, de leur commune, si on est en développement rural ou si on est dans le cadre d'une ADL.

Comment collaborer avec les chercheurs. C'est très simple. Si vous avez une question toute simple à poser, vous avez l'adresse e-mail du secrétariat, vous la posez. Si c'est un petit peu plus compliqué, vous demandez à rencontrer, en général les chercheurs, les groupes de recherche sont constitués d'un senior et de 2 ou 3 juniors. Donc, si vous posez votre problème, on identifiera le senior le plus susceptible de collaborer avec vous et puis, vous verrez ensemble comment on peut collaborer. De deux choses l'une, ou bien votre problème peut être un cas d'application d'une recherche et c'est win win. On travaille avec vous, ça ne vous coûte rien et nous, on a un cas concret, ça nous arrange aussi. Ou ça ne peut pas être considéré comme un cas d'application et à ce moment-là, il y a toujours le problème du financement, évidemment. Il faut convaincre le ministre parce qu'il y a toujours la possibilité de faire faire des recherches à côté du programme triennal mais il faut obtenir l'accord du ministre puisqu'en général, il faut concéder un petit supplément, donc c'est possible.

Pour la mise en œuvre. Je crois que dans certains cas, il y a des solutions mais qui se situent en dehors de l'administration. Je prends l'exemple que j'ai cité tout à l'heure, de la définition des noyaux d'habitat. Cela a demandé des manipulations statistiques, informatiques, cartographiques, très très lourdes. Donc, nous n'avions pas la possibilité de le faire. Donc, nous avons fait faire le travail à l'extérieur. On a fait de l’outsourcing. C'est l'institut wallon qui a fait tout le travail pour nous. Autre chose, je ne l'ai pas cité parce que, dans les actions, il y en a 170, j'aurais pas su les détailler toutes. Une des actions, c'était, dans le cadre de la mise au point d'outils d'aide à la décision, c'était constituer un SIG, système d'information géographique, donc on rassemble sur un serveur central toutes les couches d'information qui se trouvent actuellement disséminées dans les différentes administrations, le MET, la DGNRE, la DGA, la DGATLP. C'est un travail fastidieux puisque je dirais, l'interface indispensable, c'était, c'est ce qu'on appelle le pli. Donc, on a scanné toutes les planches cadastrales. On les a vectorisées et on les a calées îlot par îlot sur l'IGN au 1/10.000 de façon à mettre en cohérence toutes les couches qui étaient calées sur l'IGN et toutes les couches qui étaient calées sur le cadastre. Cela coûte 200 millions. On n'avait pas la possibilité de faire ça nous même. Donc, on a fait un appel d'offre. Donc, je dirais, il y a possibilité même si idéologiquement, ça peut se discuter, mais il y a possibilité de faire faire par l'extérieur les tâches qui sont les tâches normales de l'administration mais pour lesquelles on n'a pas les compétences et c'est parfois plus facile de passer un contrat. C'est une société française qui a fait ça pour nous. C'est parfois plus facile d'aller trouver un spécialiste à Montpellier qui fait le travail en deux ans plutôt que de chercher des gens, les recruter, les former, les voir partir avant d'avoir fini de les former. Donc, il y a moyen de trouver des solutions en dehors de l'administration.

En ce qui concerne les primes, c'est ponctuel mais c'est un bon exemple. On s'est posé la question évidemment de l'efficacité des primes. Donc, on a fait une étude d'évaluation ex post de l'efficacité des différentes primes et on arrive à effectivement la conclusion qu'on couvre à peu près à 10 % l'objectif de départ et 90 % de public cible finalement ne peut pas en bénéficier. Donc, la conclusion, mais ça on ne pouvait pas le dire avant le 18 mai mais maintenant, on va pouvoir le dire, c'est d'abandonner pratiquement toutes les primes au logement et de basculer ces aides-là sur le logement social parce que c'est plus facile de mettre à disposition un logement social locatif, bien situé et confortable que de penser qu'avec 200.000 francs, quelqu'un qui gagne 40.000 francs par mois va pouvoir acheter une maison de 5 millions.

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Michel Tillieult

Je me posais juste quelques petites questions concernant le SDER proprement dit. Comment avez-vous intégré la dimension européenne et les interactions avec les voisins moins traditionnels que Bruxelles ?

La deuxième question, c'est concernant peut-être une hypothèse implicite du SDER, en tout cas, c'est la lecture que j'en fais mais ma lecture est peut-être un peu trop superficielle. J'ai le sentiment en parcourant la documentation qu'on s'est basé comme étant le sillon Sambre et Meuse traditionnel comme étant la colonne vertébrale structurante et j'ai peut-être, parce que c'est ma sensibilité, l'impression que l'espace rural est considéré comme résiduel. Je n'ai pas dit qu'il est négligé. J'ai dit qu'il est second par rapport à l'espace urbain.

Et enfin, troisième chose, je voudrais avoir un peu votre réflexion sur un travail indicatif, une sorte de schéma d'aménagement du territoire qui a été publié il y a quelques années par le secrétariat général du Benelux et qui avait quand même une hypothèse forte concernant une grande partie du territoire wallon, dans le cadre du Benelux.

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Pascale Van Doren

Vous avez démarré votre présentation par la philosophie du développement territorial et du SDER notamment par le carré, qui rappelle effectivement le développement durable. Le développement durable, c'est une approche systémique, etc. Je pense que dans ce que vous avez présenté, on a bien compris que les mesures qui étaient prises pour appliquer cette philosophie étaient aussi de l'ordre du systémique. La CPDT est une collaboration multidisciplinaire etc. Est-ce qu'au-delà de cela, il y a encore, je dirais, de votre point de vue, des améliorations, des changements et des mutations fondamentales qui doivent être faites en terme de gouvernance, qui toucheraient les administrations, qui toucheraient d'autres éléments et je pense aussi à la convergence ou non de certains contrats-cadre ou schémas-cadre, que ce soit le contrat d'avenir, que ce soit d'autres initiatives du type plan 4 x 4. Comment est-ce que tout cela se retrouve, converge ou ne converge pas ? Où voyez éventuellement les difficultés fondamentales à dépasser ?

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Ghislain Geron

En ce qui concerne la première question, comment intégrer la dimension européenne ? C'est une des finalités du SDER. Maintenant, je retombe sur le document complet plutôt que sur le résumé. Ça doit être à la deuxième finalité. Donc, la deuxième finalité du SDER, c'est : intégrer la dimension suprarégionale dans le développement spatial; donc, ça c'est vrai au niveau de la finalité. Dans les objectifs stratégiques, le premier c'est d'améliorer l'ouverture de la Wallonie sur son contexte spatial, c'est d'affirmer la Wallonie comme partenaire dans des plans de développement suprarégionaux et d'assurer la participation active de la Région wallonne dans les organismes internationaux. A ce niveau-là, si vous avez le document complet du SDER, vous verrez qu'en fait, le projet de développement spatial, il est structuré autour des euro-corridors. Voilà, on est parti dans notre réflexion des euro-corridors, c'est à la page 55 du document. On est parti des euro-corridors où on a essayé d'identifier les grands courants de développement au niveau européen. Donc, on est d'une part sur l'axe Londres – Lille – Randstadt ou Paris – Lille – Randstadt. Ils se confondent. On est également sur l'axe Ranstadt – Anvers qui descend vers le sud et on est également sur l'axe Bruxelles – Namur – Luxembourg – Strasbourg où on descend. Donc, on a vraiment structuré le développement spatial sur les euro-corridors, en identifiant sur ces euro-corridors quels étaient ce qu'on appelle les pôles d'accroche, c'est-à-dire qu'on a identifié sur ces euro-corridors quels étaient les pôles qui possédaient des spécificités, des potentialités suffisantes que pour pouvoir capter une partie de la valeur ajoutée. Parce qu'un euro-corridor, ça peut être une très mauvaise chose si c'est simplement des camions, des trains, des bateaux, des avions qui nous traversent sans s'arrêter, ça n'apporte pas grand chose sinon des nuisances. Par contre, ça peut être une potentialité de développement. Donc, on a essayé d'identifier les différents pôles qui pouvaient profiter de ces flux pour injecter de la valeur ajoutée.

En ce qui concerne le projet de développement, vous verrez qu'il est structuré autour de Bruxelles bien entendu mais il est également structuré autour de Lille en ce qui concerne toute l'aire du Hainaut occidental. Il est focalisé sur Luxembourg en ce qui concerne le sud de la province de Luxembourg et il est centré sur le quadripôle MHAL, Maastricht – Liège – Hasselt et Aix-la-Chapelle en ce qui concerne l'est de la Belgique. Donc, les potentialités qu'on a identifiées, ce n'est pas simplement en considérant la Région wallonne comme une île mais c'est en considérant les potentialités de ce qui avait à l'extérieur et la possibilité pour les zones de la Région wallonne de profiter des potentialités extérieures. Je vous ai cité par exemple, dans le petit bouquin bleu tout à l'heure, l'étude qu'on a faite et qui a été prolongée par le Professeur Capron où il a essayé d'identifier les clusters pour lesquels nous avions un avantage évident à travailler non pas tout seul mais à travailler avec les Flamands et avec la région lilloise. Donc, il y a toute une série d'actions ou d'objectifs opérationnels qui sont centrés plutôt sur les potentialités de collaborer avec l'extérieur et en plus, la philosophie du SDER, c'est la philosophie du SDEC, et en fait, on peut considérer, pour utiliser le terme que Monsieur n'aime pas, que le SDER, c'est l'implémentation du SDEC au niveau de la Région wallonne. Je signale et je rappelle que le SDEC a été décidé le 3 novembre 1993 lors du Conseil des ministres européens de l'aménagement du territoire qui était présidé par un certain Robert Collignon et c'est Robert Collignon, qui a eu l'idée du SDEC et c'est lui qui a convaincu ses collègues européens de concevoir le SDEC et d'en faire un document d'orientation. A l'époque, j'étais chef de cabinet adjoint de Robert Collignon.

Le projet Groot Stad qui est le projet le plus avancé dans cette région-là, est un projet de développement qui est conçu, je dirais, par les trois parties et on est, je dirais, trois parties égales autour de la table. Donc, il y a la Région flamande, la Région wallonne et le Nord – Pas-de-Calais et on essaie vraiment de construire un projet en commun où c'est un projet win win. Donc, on n'essaie pas de se sucer les viscères l'un l'autre. On essaie de voir la valeur ajoutée d'un projet commun par rapport à trois projets individuels. C'est ce qu'on a essayé de faire mais avec moins de bonheur dans MHAL. Pour répondre à votre question précise sur le Benelux. En fait, on a eu relativement peu de prises sur l'esquisse de structure Benelux et pour des raisons qui tiennent plus, je dirais, aux relations de bon voisinage et des raisons politiques, on ne l'a pas contredit. On l'a approuvé du bout des lèvres mais il est évident que considérer que la Wallonie, c'est essentiellement une vaste zone verte qui sert simplement de zone de transit au port de Rotterdam, on n'est pas tout à fait d'accord avec cette vision-là des choses. Donc, on n'en a tenu compte dans aucun document opérationnel et rassurez-vous, on n'en tiendra compte dans aucun de ceux-là.

C'est vrai que j'ai beaucoup insisté sur le sillon industriel. Non, le SDER ne se limite pas au sillon industriel, loin de là. Je crois qu'il est équilibré entre sillon industriel et zone rurale, ne serait-ce que parce qu'à l'époque où on a conçu le SDER, le ministre de l'aménagement du territoire qui était derrière nous, il y avait l'ombre du commandeur qui planait sur nous, c'était Monsieur Lebrun, qui n'était pas spécialement un urbain. Donc, il a vraiment veillé à ce que le SDER fasse l'équilibre entre les deux zones. Maintenant, j'ai beaucoup insisté sur le sillon industriel dans la mesure où le gros problème, il est là. Si on regarde par exemple la région du Brabant wallon, à structure institutionnelle inchangée, le Brabant wallon est dans une position assez favorable, il y a un bon taux d'emplois. Le taux de postes est très mauvais mais le taux d'emplois est bon parce que les gens du Brabant Wallon vont travailler à Bruxelles et vont chercher, je dirais, leur bifteck à Bruxelles. Donc, tant que ça peut continuer comme ça, je dirais, il n'y a pas de gros problème au niveau du Brabant wallon. Si on regarde des poches moins favorisées, comme par exemple la botte du Hainaut où là, on est loin évidemment de Bruxelles et on ne bénéficie pas de cette attraction de Bruxelles, il y a des mesures spécifiques mais là, je vous renvoie vraiment au document. Il y a des mesures spécifiques qui sont prévues pour ces zones-là, notamment des initiatives pour les désenclaver, pour les raccrocher à des pôles de développement parce que Thuin n'est pas tout près de Bruxelles mais Thuin n'est pas loin de Gosselies. Or, il n'est pas nécessaire d'être à Bruxelles pour pouvoir développer des hautes technologies. Donc, il y a moyen de se servir des pôles secondaires comme Charleroi, comme Mons, comme La Louvière ou comme Liège pour avoir un rayonnement qui permette à ces zones, un petit peu plus périphériques, de profiter quand même du mouvement de développement. Maintenant, le problème qui se pose dans ces zones qui sont quand même relativement peu peuplées même si elles participent à la dédensification des villes, elles sont quand même relativement peu peuplées et la palette des compétences professionnelles qu'on y rencontre n'est pas nécessairement suffisante que pour permettre l'implantation des nouvelles entreprises. Bien souvent, pour pouvoir implanter une nouvelle entreprise dans le secteur des hautes technologies, où vous avez besoin de compétences très pointues qu'on trouve plus facilement dans un bassin d'emplois de 2 millions de personnes que dans un bassin d'emplois de 300.000 évidemment. Donc, il y a toujours une tendance naturelle pour ces entreprises qui ont besoin de main d'œuvre très spécialisée, d'aller s'installer dans des grands bassins d'emplois parce que la probabilité est plus grande de trouver le personnel dont elles ont besoin. Mais si vous regardez, par exemple, la province de Flandre occidentale, c'est vrai qu'il y avait quelques entreprises de haute technologie, encore que certaines d'entre elles ont connu quelques malheurs mais l'essentiel de la valeur ajoutée de la province du Hainaut occidental, ce n'est pas Leernout et Hauspie, c'est des gens qui font des frites, qui font des biscuits, qui font du beurre, qui font des produits qui sont consommés localement. Donc, je pense qu'il y a toute une stratégie de valorisation des produits locaux qui peut permettre de générer de la création d'emploi dans des zones relativement enclavées sans nécessairement faire appel à des astrophysiciens.

La question de Monsieur Sottiaux. Comment développer la zone rurale ? En fait, je viens d'y répondre partiellement. Donc, le problème, c'est de trouver des activités qui permettent aux ruraux de travailler chez eux puisqu’un des gros problèmes de la zone rurale, c'est son influence négative sur la mobilité. D'où l'utilité de mettre l'accent sur des activités, comme je viens de le dire, qui ne nécessitent pas de trouver un astrophysicien sur place mais qui peuvent être développées. Je ne dis pas qu'il ne faut que de la main d'œuvre sous-qualifiée, qui ne faut que des manœuvres dans la zone rurale, mais il faut plutôt développer des activités qui font appel à un type de main d'œuvre qu'on trouve sur place. J'ai quelques exemples en tête. On a implanté en pleine campagne des entreprises de haute technologie, le centre Minerve pour ne pas le citer. Mais ce sont des Bruxellois qui vont travailler au Centre Minerve. Qu'est-ce qu'on gagne à dépenser des sommes folles pour implanter des centres de haute technologie avec nos sous alors que ce sont des Bruxellois qui font la navette pour venir y travailler ? Donc, je crois qu'il faut un petit peu abandonner le mythe qu'il faut faire de tout partout et que la moindre petite commune rurale doit avoir son entreprise High Tech sur place. Il y a des effets pervers qui parfois sont pires que l'effet favorable que celui qu'on vise.

La dernière question en ce qui concerne la gouvernance, c'est précisément un des thèmes de recherche du programme 2002 – 2005 (?) . Donc, quand on parle de la commune acteur du développement local, c'est bien de ça qu'il s'agit. Il s'agit de l'implémentation de l'agenda local 21 et il y a 6 chercheurs qui vont plancher pendant 3 ans sur comment mettre en œuvre un agenda 21 au niveau local et comment profiter des outils communaux et de la structure communale et je dirais, de la proximité de la commune avec le citoyen pour favoriser un nouveau type de gouvernance au niveau communal.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003  
 Troisième phase
Wallonie 2020

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Page mise à jour le 23-08-2004

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