Lors du Congrès wallon de Liège (30 septembre-2
octobre 1905), les deux délégués de la Ligue wallonne de Bruxelles, Alphonse
Sasserath et Hector Chainaye, sont vivement contestés, notamment par les
délégués liégeois qui les accusent de ne pas tenir assez compte des autres
associations wallonnes de Bruxelles. Néanmoins, ils réussissent à convaincre
l’assemblée de la nécessité de tenir un congrès à Bruxelles l’année
suivante. Au lendemain du Congrès wallon de 1905, Alfred Colleye réunit les
présidents de toutes les associations wallonnes de Bruxelles (le 15
octobre). C’est à l’issue de cette réunion que la Ligue wallonne du Brabant
voit le jour. Contrairement à ce que laisse penser son nom, la Ligue
wallonne du Brabant réunit exclusivement des associations bruxelloises.
D’emblée, certaines associations wallonnes de Bruxelles refusent de
s’inscrire dans la démarche adoptée par la Ligue wallonne du Brabant,
accusée de vouloir monopoliser le mouvement à Bruxelles. Les mêmes reproches
avaient déjà été adressés à la Ligue wallonne de Bruxelles. Rapidement
d’ailleurs, la Ligue wallonne du Brabant est dominée par les mêmes
personnalités que celles qui dirigeaient la Ligue wallonne de Bruxelles,
c’est-à-dire essentiellement Alfred Colleye qui en est le premier
président (1905-1907), Alphonse Sasserath, Achille et Hector Chainaye. Ce
dernier devient président de la Ligue en février 1907 et, dans la mesure où
il dirige aussi Le Réveil wallon, on peut considérer que cette revue
devient l’organe de la Ligue wallonne du Brabant.
Outre la coordination des associations wallonnes de Bruxelles, la Ligue
wallonne du Brabant concentre l’essentiel de ses efforts dans l’organisation
du Congrès wallon des 2, 3 et 4 juin 1906. Il confirme grosso modo
les décisions adoptées à Liège un an plus tôt, mais a un retentissement bien
moindre. Au lendemain du congrès de 1906, la Ligue wallonne devient moins
que jamais un organe fédérateur. Le comité est composé de personnalités
présentes à titre individuel, essentiellement issues de la Ligue wallonne de
Bruxelles. La réunion plénière qui se tient à Bruxelles le 26 avril 1908
joue tout de même un rôle fédérateur. De 1907 jusqu’à la Première Guerre
mondiale, la Ligue wallonne de Bruxelles et celle du Brabant entretiendront
néanmoins des relations conflictuelles.

En
1908, en vue des élections législatives, la Ligue wallonne du Brabant
adresse à tous les candidats un questionnaire portant sur la révision des
lois flamingantes et plaidant en faveur d’une juste répartition des
budgets des travaux publics entre la Flandre et la Wallonie. Mais l’attitude
des candidats élus déçoit sans doute la direction de la Ligue wallonne du
Brabant qui, au cours d’une assemblée générale tenue en janvier 1910, décide
de présenter une liste wallonne lors des élections législatives qui doivent
se tenir le 22 mai de la même année. C’est la première fois qu’une telle
initiative est prise. Elle est accueillie avec de nettes réserves par les
porte-parole du Mouvement wallon et entraîne le départ de la Ligue wallonne
du Brabant d’Alphonse Sasserath et de Raoul Engel, deux membres fondateurs.
L’élection se déroule un mois après le vote de la loi Frank-Segers sur la
flamandisation de l’enseignement moyen. Les représentants catholiques et
socialistes bruxellois ont approuvé la loi alors que les libéraux se sont
abstenus. L’attitude des partis traditionnels est vivement critiquée par les
chefs de file de la liste wallonne. Ce sont surtout les libéraux – par
ailleurs très actifs au sein du Mouvement wallon à Bruxelles – qui dénoncent
avec le plus de véhémence le dépôt de la liste wallonne qu’ils accusent même
d’être une manœuvre cléricale destinée à empiéter sur l’électorat libéral
bruxellois. Le programme de la liste wallonne repose à la fois sur des
revendications linguistiques stricto sensu (liberté absolue sur le
plan linguistique, liberté du père de famille, bilinguisme en fonction du
volume des affaires traitées dans chaque langue), mais aussi d’ordre social
(instauration de la pension ouvrière, augmentation des pensions de
vieillesse, défense des intérêts des commerçants, des employés et de la
petite bourgeoisie). Là aussi, la Ligue wallonne joue un rôle actif dans la
diffusion du programme et de tracts tirés à 80.000 exemplaires. La liste
conduite par Hector Chainaye recueille 4.148 voix, signe révélateur des
réserves exprimées par les associations wallonnes de Bruxelles.
Chaque année, à l’occasion des Journées de septembre, la Ligue wallonne du
Brabant rend hommage à Charles Rogier, le père de la nation, le fondateur
de la Belgique, le défenseur de la Constitution. En matière de
revendications wallonnes, elle demeure attachée à l’unité nationale et
s’insurge contre les revendications flamandes en matière d’enseignement,
d’administration et de justice. La volonté de flamandisation de l’Université
de Gand est dénoncée avec force. La Ligue estime en effet qu’elle risque de
créer un tel dissentiment entre les Provinces du sud et les Provinces du
nord que l’on pourrait craindre un déchirement irrémédiable de la bonne
entente désirable entre Wallons et Flamands. Un maître mot domine le
programme de la Ligue : Liberté. À plusieurs reprises, la Ligue wallonne du
Brabant se dote d’organes officieux dont L’Action wallonne
(1907-1908) et La Lutte wallonne (1911-1914).
Déçue sans doute par l’expérience électorale de 1910, la Ligue ne la
renouvelle pas et en revient à la stratégie du vote de préférence. En vue
des élections législatives de 1912, elle s’associe à d’autres ligues et
associations wallonnes de Bruxelles pour former le Comité électoral
anti-flamingant de l’agglomération bruxelloise. Deux questions sont posées
aux candidats de Bruxelles, en l’occurrence leur volonté de s’opposer à la
flamandisation de l’Université de Gand, d’une part, et leur position sur
l’abolition de la contrainte linguistique, d’autre part. Le bilan de
l’opération “ vote de préférence ” est plutôt contrasté : certains des
candidats soutenus par le Comité sont élus, d’autres pas. Il est vrai que le
Comité électoral anti-flamingant est loin d’avoir détenu le monopole de
cette stratégie.

Même
si elle comprend officiellement 3.000 membres et regroupe 25 sociétés à la
veille de la Première Guerre mondiale, la Ligue wallonne du Brabant semble
plutôt décapitée. Son premier président, Alfred Colleye, est décédé le 10
avril 1911 et l’animateur de la Ligue, Hector Chainaye, disparaît à son tour
le 4 septembre 1913. Alors que le conflit mondial éclate, le 4 août 1914, la
Ligue se réunit une dernière fois sous la présidence d’Achille Chainaye qui
en appelle à l’union de tous les Belges en vue de défendre la patrie
menacée. Exilé en Angleterre, il y meurt en décembre 1915. La
disparition des pères fondateurs de la Ligue explique sans doute le désarroi
de ses membres et surtout le manifeste publié au nom de la Ligue wallonne du
Brabant, en février 1918, dans Le Peuple wallon, un journal censuré,
publié précisément sous le patronage de la Ligue wallonne du Brabant. Ce
manifeste – stigmatisant l’attitude du gouvernement belge du Havre –
proclame la volonté de voir établi en Belgique un régime fédéral. Il engage
en outre les Wallons à s’insérer dans les cadres des ministères wallons de
Namur. Ce manifeste porte la signature d’une dizaine de membres du comité de
la Ligue d’avant 1914. Cependant, une réunion de la Ligue wallonne du
Brabant a lieu le 12 octobre 1918 dans le but de réprouver l’Appel
aux Wallons et le programme publié par le sieur De Peron agissant
prétendument au nom de la Ligue dans le premier numéro du journal Le
Peuple wallon et pour noter qu’un usage non autorisé par les intéressés a
été fait des noms des membres du Comité. Dans le premier numéro de L’Opinion
wallonne paru après l’Armistice, plusieurs des signataires confirment ne
pas avoir été consultés. En fait, après l’Armistice, seuls Désiré De Peron
et Ernest Houba sont condamnés pour activisme.
C’est sous la présidence du docteur Paul Delanne que la Ligue wallonne du
Brabant reprend ses activités après la guerre. La Ligue demeure fidèle à ses
thèses antérieures : attachement à l’unité belge, rejet de toute mesure de
contrainte en matière linguistique et plus particulièrement de la nouvelle
loi sur l’emploi des langues en matière administrative. Ne cherchant plus à
réunir sous sa houlette les autres sociétés wallonnes de Bruxelles, la Ligue
wallonne du Brabant rentre dans le rang et se glisse dans le giron de la
Fédération des Sociétés wallonnes de l’Arrondissement de Bruxelles.
Sa
seule manifestation particulière survient en novembre 1923, lorsque la
Fédération débat de la stratégie électorale à adopter. Faut-il s’en tenir à
la solution des votes de préférence ou faut-il créer un Parti wallon ? La
première option l’emporte au grand dam de la Ligue du Brabant. Ayant
entre-temps absorbé l’association le Perron liégeois, la Ligue démissionne
de la Fédération le 14 décembre 1923. Curieusement, le nom de la Ligue
wallonne du Brabant réapparaît par la suite dans les instances de la
Fédération où elle est toujours représentée par Paul Delanne, rallié
entre-temps au Parti libéral. La Ligue wallonne du Brabant sombre néanmoins
dans l’anonymat le plus total. Il est vrai qu’elle avait été créée en 1906
comme substitut à la Ligue wallonne de Bruxelles ; or cette Ligue renaît en
1925.
À
l’initiative de Raymond Colleye, une Ligue wallonne de Bruxelles et du
Brabant est reconstituée en mars 1938. Outre Colleye, son comité comprend
Émile Ehlers (journaliste), A. Mirgaux (professeur), Frimat (employé), B.
Gualbert (étudiante), Léon Stoquart (industriel) et R. Delaunoy
(représentant). La Ligue s’affilie à la Concentration wallonne, mais ne
paraît pas avoir eu une longue existence.
Chantal Kesteloot