"Wallonie 2020", Institut Jules Destrée, Cinquième congrès La Wallonie au futur  

Wallonie 2020 : émergence des nœuds de futur
Rapport transversal des synthèses des quatorze groupes de travail tenus de février à juillet 2002

Groupe des SAID  – Rapporteur : André Gohman

I. Point de départ

Les trois premières réunions ont été consacrées à déterminer la représentation de la Wallonie. Chacun l'a définie par trois qualificatifs, en expliquant son choix en quelques mots. Ensuite, le groupe a cherché à  classer toutes ces représentations en plutôt positives ou plutôt négatives. Enfin, les différentes représentations ont été regroupées et des liens ont été esquissés entre ces pôles. Il est finalement apparu que deux pôles, l'un positif, l'autre négatif pouvaient synthétiser la représentation que le groupe se faisait de la Wallonie.

(négatif)

(positif)

 

 

     Fragile

     solidaire

     Dépendante

     contrastée

     Délaissée

     plurielle

     Duale

 

Cette forme de synthèse est donnée à la figure A.

Chaque réunion s'est terminée par une auto évaluation sur les quatre axes :  représentations – Wallonie – horizon 2020 – intelligence collective.

En fonction de l'évolution de sa tâche, le groupe a d'abord travaillé sur les axes "représentations" et "Wallonie", ensuite a progressivement développé celui se rapportant à l'intelligence collective pour prendre en compte l'horizon 2020 en fin de parcours.

 

Appréciation générale du groupe à ce stade :

Une sujétion aveugle à la méthode, mais un malaise résultant d'une part d'une connaissance très faible de la méthode suivie et de l'inconnu des étapes suivantes, d'autre part de la lenteur de l'avancement.

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II. Essai de concrétisation

Au cours de la quatrième réunion, le groupe a cherché vainement à trouver un ou des nœuds à partir du schéma de la figure A. Estimant qu'on tournait en rond dans une approche sémantique et théorique apparemment liée à la méthode, il a été proposé de situer le schéma dans l'environnement concret de la Wallonie et, en particulier, dans l'environnement dominant aujourd'hui, à savoir : la globalisation (de l'économie) et la mondialisation, ainsi que l'entrée dans la civilisation de la connaissance.

En explorant cette voie concrète, d'autres domaines constituant l'environnement sont apparus.

Ainsi, on pouvait tenter de formaliser des nœuds à l'intersection de ces deux pôles car il apparaissait qu'on se trouvait bien en présence de situations synthétiques, globalisantes structurelles et prospectives.

 

Mais ces "nœuds" se trouvent au sein d'un environnement très largement imposé à la Wallonie et sur lequel elle a peu de prises, sauf à s'y adapter au mieux.

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III. Proposition

Dans un premier temps et par souci de facilité, on a résumé ces deux pôles à la seule première caractéristique de chacun d'eux, à savoir le dipôle fragilité / solidarité. Le groupe a d'ailleurs préféré remplacer les deux qualificatifs "pluriel" et "contrasté" par le seul mot "diversité" qui a un caractère positif mieux marqué.

 

Pour faciliter l'approche de cet "environnement", on peut distinguer plusieurs domaines en n'oubliant pas qu'ils sont étroitement imbriqués et liés entre eux. Pour chacun d'eux, on a tenté d'identifier les caractéristiques de fragilité et de solidarité.

 

1) Entrée dans la civilisation de la connaissance, mondialisation et globalisation  (système économique)

Deux évolutions majeures conjuguent leurs effets pour peser sur l'emploi :

- l'accélération de l'acquisition des connaissances et de leur transposition dans des applications concrètes;
- l'ouverture des marchés financiers et commerciaux généralisée à l'ensemble de la planète.

Il convient de bien distinguer ces deux phénomènes.

Le premier a pour effet le spectaculaire accroissement de la productivité dans les industries transformatrices (secteur secondaire) avec, pour conséquences, une véritable fonte du nombre des travailleurs qu'elles occupent. C'est ce qu'on appelle l'entrée dans "l'ère post-industrielle" dont la sidérurgie européenne offre un exemple type : elle produit presque autant d'acier qu'en 19774 avec un effectif réduit au quart, voire au cinquième de ce qu'il était.

Dans le même temps, la qualification exigée des détenteurs des postes de travail sauvegardés s'est considérablement élevée, ce qui implique un effort d'adaptation important de l'enseignement et de la formation et un effort de sensibilisation des travailleurs.

 De même, la création de nouvelles activités, nécessaires pour tendre au rétablissement du plein emploi suppose une large assimilation des connaissances et des technologies nouvelles, en accroissant la capacité d'innovation et en développant l'esprit entrepreneurial.

De son côté, le second phénomène, l'ouverture du marché mondial, a, lui aussi, pour conséquence la plus immédiate et la plus sensible des pertes d'emplois massives dans les régions industrialisées en suite de délocalisations vers des pays pauvres (exemple type : la confection de vêtements), parfois dans des conditions sociales extrêmes.

La mondialisation n'affecte, cependant, guère un champ considérable, celui des marchés locaux et régionaux, celui des services collectifs tels que transport, infrastructure, distribution d'eau, santé, éducation, culture, sport, …

La mondialisation c'est aussi, sinon d'abord, une idéologie ultralibérale (ou néolibérale): la recherche par chacun de son intérêt individuel propre, de son profit financier, le "moins d'Etat", le laisser faire au marché, donc les privatisations dans tous les domaines, y compris l'éducation, la culture et la santé, le mythe du libre-échange et de la concurrence comme sources de progrès pour tous.

fragilité:          

- les décisions échappent à la Wallonie,
- la société duale créée par la mondialisation (chômage, pauvreté, .. sont à charge de la Wallonie),
- l'instabilité mondiale résultant de l'écart croissant entre pays riches et pays en développement a aussi ses répercussions en Wallonie (immigration par exemple);
- les faiblesses de l'éducation et de la sensibilisation à la nécessité de formations plus poussées;

solidarité:

- prise en charge concrète de cette dualisation tant par le monde associatif que par les pouvoirs publics et, dans une certaine mesure, par les entreprises petites et moyennes (hors de la mondialisation)
- développement endogène et régional ( contrat d'avenir pour la Wallonie).

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2) Cadre institutionnel  (institutions politiques)

Quatre dimensions sont à considérer :

a- les Etats-nations perdent de plus en plus de leurs pouvoirs au profit d'autorités et d'organisations supranationales ou mondiales aux pouvoirs parfois peu clairs et insuffisamment définis; parallèlement, les Régions développent leurs compétences et leurs moyens d'action;

fragilité :

- que devient la Belgique ?  la Wallonie est perpétuellement en face de décisions difficiles,
- le fédéralisme est inachevé, en ce sens que les matières dites résiduelles sont encore de la compétence du niveau fédéral, si bien que dans nombre de cas, deux autorités se chevauchent;
- de même, des matières nouvelles entrent dans le champ  de compétence des pouvoirs publics, donc, nécessairement dans le champ fédéral dans un premier temps, même s'il serait plus logique que ces matières relèvent des Régions;
- quelle sera la position de la Wallonie dans une Union européenne élargie ? (Europe des Régions ? Benelux ressuscité ? rapprochement avec la France ?)
- l'émergence de la "société civile" et l'ampleur prise, en particulier, par les mouvements associatifs nés de la réaction aux politiques d'inspiration néo-libérale sous-tendant les privatisations et le développement des échanges commerciaux à l'échelle planétaire, vont jusqu'à mettre en question la primauté des instances publiques démocratiquement élues (cfr. modèle participatif de Porto Allegre);

solidarité :

- identité wallonne à conforter,
- liens concrets avec des projets de pays en voie de développement,
- renforcement de contacts avec la France et la Francophonie;

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b- le partage des compétences entre la Région et  la Communauté française constitue un handicap important pour la Wallonie qui n'a pas la maîtrise en matière d'éducation, de culture, de protection de la jeunesse, de tourisme, de sport, notamment. sans compter la RTBF qui ignore la Wallonie;

fragilité:

- il est évident que l'éducation et la culture sont des éléments fondamentaux du développement et doivent revenir à la Wallonie (Région wallonne) de même d'ailleurs qu'à la Région de Bruxelles (Commission communautaire francophone – COCOF)

solidarité :

- la solidarité avec Bruxelles n'est pas mise en cause mais doit s'exprimer autrement que par l'existence de la Communauté française et par exemple par un accord de solidarité réciproque d'ailleurs plus fort qu'une solidarité institutionnelle imposée dans certains domaines seulement;
- depuis toujours, la Wallonie a pris la défense de Bruxelles et des habitants francophones des communes de la périphérie bruxelloise de même que des Wallons des Fourons;

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c- la décentralisation  des compétences de l'Etat belge unitaire s'est opérée de deux manières, d'une part sur une base territoriale, c'est la "régionalisation" mais aussi, d'autre part, sur une base sectorielle; tel est le cas par exemple de la SNCB, de la Poste, de Belgacom, de la SABENA, de l'énergie et d'autres organismes publics mais qui fonctionnent comme des entreprises privées;

fragilité :

- ces services publics fédéraux sont essentiels au développement de la Wallonie, mais celle-ci doit perpétuellement se défendre d'une domination flamande sur ces secteurs, héritée du passé mais toujours effective;
- la solidarité de Bruxelles est difficile à obtenir, parce que les intérêts sont différents;
- le localisme, voire le sous-localisme, est encore trop présent;

solidarité :

- une position commune des forces politiques, économiques et sociales wallonnes est généralement aisée à dégager;

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d- les Régions et les Communautés procèdent, elles aussi, à cette forme de décentralisation vers des intercommunales ou des sociétés publiques à caractère privé qui prennent leur autonomie sous le seul contrôle de leurs conseils d'administrations;

fragilité :

- on considère, souvent abusivement, qu'un gestion privée est, en elle-même, meilleure qu'une gestion publique, ce qui dispense le pouvoir publique d'instaurer des contrôles;
- la décentralisation des pouvoirs publics, tant fédérés que fédéral, au profit d'instances autonomes de décision exerçant des compétences spécialisées revêt un caractère foncièrement corporatif; elle soulève une grave question de démocratie, car transférer le pouvoir de nos institutions démocratiques dans de telles instances, c'est vider la démocratie représentative de son contenu.

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3) Liens sociaux  (principalement la Sécurité sociale)

Des réformes du système de sécurité sociale s'imposent principalement pour deux raisons:

- l'évolution démographique,
- un chômage permanent (mondialisation) au lieu d'un plein-emploi, base du système actuel,
- d'ailleurs en 1945, il s'agissait presque uniquement du plein-emploi masculin, le modèle social étant très largement celui de "la femme au foyer", justifié d'ailleurs par l'importance des tâches d'éducation des enfants et de travail ménager (rareté des crèches et garderies, absence de services tels que lavoirs, repas préparés, insignifiance des équipements électroménagers, etc.)

fragilité :

- un système de sécurité sociale repose sur le principe d'assurance, cela suppose, donc, une participation aussi large que possible, Belgique, Union européenne ?
- dès qu'une réforme, même de peu d'ampleur, est envisagée, elle prend de suite un aspect politique  communautaire flamand/wallon sous la pression autonomiste flamande;

solidarité :

- consensus très largement partagé pour conserver un système de sécurité sociale fédéral;
- naissance spontanée d'initiatives de bénévolat, acceptables à titre supplétif, à la condition de ne pas se substituer à l'emploi rémunéré

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4) Système éducatif  (de l'école maternelle à l'université)

Les échecs sont trop nombreux, l'apprentissage du français et des mathématiques est fort inégal dans l'enseignement primaire et secondaire.

Le caractère élitiste des certaines écoles s'affirme de plus en plus, une forme de hiérarchie s'établit entre écoles, aussi bien dans le réseau privé que dans les réseaux publics (commune, province, communauté); dans certains cas, on n'est pas loin d'admettre des écoles purement privées, donc payantes mais autonomes quant aux programmes. C'est, déjà, le cas pour les écoles européennes.

fragilité :

- instabilité des programmes ou imposition de méthodes d'apprentissage inadéquates dans le primaire,
- pédagogies inadaptées dans nombre de cas,
- moyens insuffisants,
- le système éducatif fonctionne hors du temps car il est branché sur la Communauté française, ambiguë (elle ne peut être ni Wallonne, ni Bruxelloise, alors elle est "belge"), sans avenir, sans moyens et sans représentation politique élue (le Parlement est composé des élus wallons et d'une partie des élus bruxellois francophones);
- l'apprentissage des langues, en particulier des langues de grande diffusion, comme outil de communication est insuffisant;
- cependant, surtout à Bruxelles et dans certains milieux en Wallonie, on considère parfois qu'il faut "immerger" les jeunes enfants dans un enseignement flamand ou en flamand; c'est ignorer l'importance fondamentale de la maîtrise de sa propre langue et de la culture qui lui est liée;

solidarité :

- déjà actuellement la Région wallonne aide financièrement la Communauté française, elle a repris la charge de la formation professionnelle, elle a financé l'équipement informatique des écoles et des stages pour les élèves de l'enseignement technique et professionnel, elle a confectionné des dossiers pédagogiques sur la gestion de l'eau, sur l'environnement, etc., elle s'est engagée à couvrir le remboursement des emprunts contractés par les cinq sociétés patrimoniales wallonnes qui ont acheté à la Communauté française une grande partie de ses bâtiments scolaires pour un montant de trente à quarante milliards FB;
- la Région wallonne contribue à la recherche universitaire et à sa valorisation.

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5) Citoyenneté

La citoyenneté repose sur le respect de la justice; tout sentiment d'injustice conduit presque nécessairement à des manques de civisme.

Ce qu'on appelle la diversité culturelle n'a jamais posé de problème en Wallonie, cependant, on peut craindre les retombées de l'extrême droite qui se manifeste en France et en Flandre notamment;

Comme partout dans les démocraties en Europe occidentale un fossé tend à s'élargir entre les citoyens et ses représentants politiques, même si le problème peut paraître moins grave qu'ailleurs;

fragilité

- les constats, d'ailleurs en partie liés, constituent une fragilité dans le développement de la Wallonie, même si ces constats ne lui sont pas particuliers;

solidarité:

- l'identité wallonne et la solidarité naturelle des Wallons sont des éléments positifs;

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6) Culture:

a- Trois points constituent un nœud :

le partage de l'information et donc, aujourd'hui, l'accès et la pratique de l'informatique et d'Internet,

la connaissance véhiculaire d'autres langues que le français,

la conception de l'Etat, donc des rapports entre la personne et les pouvoirs publics; dans la conception germanique, le peuple existe d'abord et le citoyen n'existe que parce qu'il fait partie du peuple, dans la conception française (donc la nôtre), l'Etat existe par une volonté permanente d'adhésion de chaque citoyen (le contrat social)

fragilité :

- l'accès et la manipulation de l'informatique peuvent être considérés comme un handicap, il ne doit, cependant pas, être surestimé car de grands efforts sont déjà en cours dans ce domaine;
- les Wallons ne pratiquent pas assez au moins une autre langue internationale;
- le système éducatif pousse trop à l'apprentissage du néerlandais, parce qu'il dépend de la Communauté française fortement influencée par le bilinguisme français néerlandais de Bruxelles;
- la Wallonie constitue une marche de l'ensemble de culture romane, entourée de régions à culture germanique, à ce titre elle est confrontée, non seulement à des questions de langue mais très souvent de conception de l'Etat, particulièrement dans le cadre belge mais aussi dans le cadre européen;
- les liens avec la France ont toujours été "méfiants" de la part de l'Etat belge unitaire d'abord, fédéral ensuite; il existe chez les Wallons une méfiance héritée de cette situation;

solidarité:

- l'ouverture des Wallons sur le monde a toujours existé et existe encore, même si elle n'est guère mise en valeur ni dans l'histoire, ni dans le présent.

b- On parle de "civilisation des loisirs"; cela pose, évidemment, la question suivante : quelle culture, au sens très large du terme, est-elle véhiculée ?

En particulier, le rôle de la télévision est le plus important dans cette perspective.

fragilité :

- la domination des séries télévisées made in USA est un fait;
- la méfiance à l'égard de la France nous prive de coopérations directes, alors que les Wallons participent de la culture française;
- la culture comme le sport est devenue une marchandise;

solidarité :

- l'aide de la Région wallonne à l'industrie du cinéma a déjà produit des effets bénéfiques pour la production d'œuvres trouvant leurs racines en Wallonie;
- la pratique d'activités sportives et culturelles en amateur se développe;

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III Autres points évoqués (à retenir pour les développements suivants)

1) notion de responsabilité;

- identifier qui fait quoi;
- prévenir des risques et des incertitudes,
- préciser les objectifs et évaluer les actions entreprises;

2) question des normes (sociales)

- droits de l'Homme,
- droits individuels et collectifs,
- démocratie;

3) importance du dialogue

- interpersonnel, dans les relations sociales, dans les relations politiques, etc.
- devoir d'information réciproque;

4) importance du temps

- prévoir les effets à moyen terme d'une mesure prise aujourd'hui,
- établir des étapes.

En bref, il doit être exclu de s'accommoder d'une attitude de résignation inspirée d'une vision fataliste; il importe, au contraire, de s'attaquer aux fragilités mises en évidence et d'avoir la volonté de les transcender par une mobilisations des énergies.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003  
 
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Page mise à jour le 23-08-2004

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