"Wallonie 2020", Institut Jules Destrée, Cinquième congrès La Wallonie au futur  

Wallonie 2020 : émergence des nœuds de futur
Rapport transversal des synthèses des quatorze groupes de travail tenus de février à juillet 2002

Groupe des MAXIME  – Rapporteur : Donat Carlier

Animatrice : Dominique Surleau
Rapporteur : Donat Carlier

 

Note préalable : la composition du groupe a fortement varié au cours du temps pour toute une série de raisons (organisation défectueuse, méthodologie parfois ressentie comme trop rigide et contraignante et ne permettant pas assez de "délirer", difficulté à voir vers où le groupe se dirigeait…). Cette instabilité et l'accélération du rythme demandé par l'Institut J.Destrée n'ont pas permis l'approfondissement systématique et cohérent espéré (autre facteur qui pourrait jouer sur la motivation ultérieure du groupe). Ce dont le travail de prospective a pourtant besoin. Cette situation a malgré tout peut-être aussi permis de multiplier les apports de regards neufs. Mais au final, le processus ne semble pas s'être déroulé à la satisfaction du groupe, vu l'absentéisme grandissant…

Au fil des dernières réunions de notre groupe, est apparue une opposition forte susceptible de constituer un nœud de futur.

 Il s'agit de la contradiction, flagrante et vécue fortement par tous, entre une Wallonie ressentie comme :

 

Désespérante
 

Alors qu'on la voit en même temps comme étant

 

Potentiellement riche

 

La contradiction apparente entre ces deux termes se lève si on les place dans une perspective temporelle : la Wallonie est désespérante aujourd'hui parce qu'elle pourrait être riche, parce qu'elle le serait dans le futur si elle exploitait tout le potentiel dont elle dispose déjà aujourd'hui.

 Ces deux variables ont été connotées de manière précise dès le départ et se trouvent en interaction causale avec d'autres variables (voir l'annexe 1. Ensemble logique) qui se sont révélées moins centrales au fil des débats mais déterminantes en termes de clarification.

Il y a dans ce nœud de futur plus que deux listes opposées d'atouts et de faiblesses mais tout un ensemble de variables qui interagissent dans un véritable système.

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1) Désespérante

 Connotation

Négatif, cet adjectif a été proposé par un participant parce que ses enfants veulent quitter la Wallonie et pensent leur avenir ailleurs.

Nous avons regroupé sous ce vocable des termes comme "vieillie" et des expressions comme "insuffisamment créative"

Variables liées

Toute une série de termes viennent expliquer pourquoi la Wallonie est désespérante :

·          Economiquement pauvre (et croulant sous les dettes cachées, notamment en matière de santé et d'environnement)

·          Cloisonnée

·          Clientéliste

·          Irresponsable

·          Individualiste

·          Aliénée symboliquement

·          Alourdie

·          Racrapotée

·          Absurde (politiquement)

·          Actuellement bananière (absence de puissance publique, privatisation de l'intérêt général et soumise à des groupes financiers externes à elle)

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2) Potentiellement riche

Connotation

Plutôt positive, l'expression est nuancée par le fait que la richesse ne se conçoit que comme potentialité et non comme réalisée.

Cet adjectif et cet adverbe sont à comprendre au sens économique et social du terme. La Wallonie est potentiellement forte dans le sens où elle dispose d'une population au savoir-faire avéré.

Mais l'expression est également à comprendre au sens "symbolique".

La Wallonie est diversifiée (socialement, culturellement, économiquement, physiquement), ce qui pourrait laisser espérer que de nombreuses possibilités s'offriront à elle.

Elle est riche de potentialités: pleine de mille et une virtualités qui restent à saisir (projection dans le futur)

Variables liées

Les différentes variables qui suivent sont à l'origine du caractère potentiellement riche de la Wallonie :

·          Héritée socialement (elle bénéficie d'un héritage social largement partagé))

·          Consensuelle (dans le sens de capable d'accords et non pas de consensus mou)

·          Vieille (dans le sens de riche de sa population âgée et de son passé)

·          Accueillante

·          Diverse

·          Belle intérieurement

·          Courageuse

·          Naturelle (boisée)

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Autres oppositions parlantes :

D'autres oppositions entre variables reliées causalement à un des deux pôles du nœud de futur identifié constituent des oppositions de fond qui viennent expliquer la tension globale identifiée à propos de la perception de la Wallonie.

Il s'agit d'oppositions entre :

Héritée socialement > < aliénée symboliquement

Consensuelle > < cloisonnée

Racrapotée > < accueillante

Belle intérieurement > < absurde

Individualiste > < accueillante

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Exploration du nœud de futur "Potentiellement riche / Désespérante"

La richesse potentielle de la Wallonie est avant tout liée aux ressources humaines, sociales et culturelles de sa population. Celle-ci peut être qualifiée de courageuse (face aux difficultés), diverse (enrichie par l'immigration), pourvue d'un  héritage social (un attachement à la démocratie et à la solidarité), accueillante (vis-à-vis des apports externes).

Ce qui fait que sur le plan immatériel, la Wallonie bénéficie d'un potentiel de créations, d’imagination (elle est "belle intérieurement") qui en font une région culturellement riche. Cette richesse s'exprime sur les plans de la formation, de la recherche, de l’innovation… En réalité, de nombreuses expériences lancées en Wallonie fonctionnent.

Sur le plan géographique, ces expériences (comme le Crachet ou Paradisio dans le Hainaut) bénéficient de la situation de pôle frontalier, de carrefour de la Wallonie. Un carrefour également apprécié pour ses ressources naturelles environnementales.

La Wallonie ne serait donc pas réellement "insuffisamment créative". Ou en tout cas, la créativité n'y manque pas.

- Le problème serait plutôt que le potentiel créatif n'arriverait pas à s'y concrétiser, dans le sens où il n'arriverait pas à y être exploité.

-  La question centrale à se poser est donc de savoir  pourquoi toute cette richesse ne reste qu’à l’état de potentiel. Comment la concrétiser et l'exploiter ?

 

1es réflexions autour du nœud de futur

Un domaine exemplatif nous semble être le secteur culturel où « on ne reconnaît un wallon, qu’à partir du moment où il est reconnu à l’extérieur ». Il revient couronné de succès mais échappe à la Wallonie pour continuer à progresser.

 

- Une fois commercialisables, les ressources ne sont plus identifiées comme wallonnes, la Wallonie ne parvient pas à les retenir

Sauf peut-être en BD (bien qu'on parle peu de BD wallonne et que des groupes comme Casterman désinvestissent de la Région).

La richesse culturelle y devient non commercialisable, ce qui aboutit à la pure et simple confrontation excluante entre la logique culturelle et la logique économique, en lieu et place de leur coexistence et de leur articulation critique

 

- En fait, la reconnaissance va se chercher uniquement à l’extérieur, parce que n'existe ici aucune instance de légitimation.

Or aujourd'hui la reconnaissance d’une logique culturelle passe de plus en plus par une logique commerciale et médiatique. Cette évolution est fortement critiquable, d'autant plus qu'elle est éphémère : il y a donc d'autres approches à développer

Mais il faut bien constater qu'elle désavantage encore plus lourdement la Wallonie.

Celle-ci est en effet économiquement pauvre, ne constitue pas un marché à taille critique suffisante, se trouve mal médiatisée…

S'y ajoutent nombre de problèmes liés

·          à la lourdeur administrative,

·          à la dispersion (sous-régionale, clientéliste, pilarisée) qui empêche que des projets produisent des retombées significatives et aggrave le problème de masse critique (déjà perçu sur le plan commercial),

·          au fait que le politique ne conçoit pas assez le culturel comme un enjeu en soi (et n'y investit pas)

- Bref, il n'y a pas de réponse politique à l’ambition des Wallons

 

-  Tout cela conduit à une "perte d’identité" ou à tous le moins à un manque d'identification des Wallons à un ensemble régional diversifié mais solidaire. Et à une certain désespérance vis-à-vis d'elle.

C'est ici que nous éclaire une des oppositions détectées au cours de nos réflexions . La Wallonie serait à la fois aliénée symboliquement  >< héritée socialement

 

-  L'absence pôles de légitimation culturelle produit une alinéation symbolique qui fait désespérer de la Wallonie. Et en retour, à force d'intériorisation de cette désespérance, d'intégration de ce déclin dans  notre culture, toute une aliénation symbolique se renforce.

Jusqu'à se demander si le concept de Wallonie répond à une demande des Wallons ou n'existe qu'en opposition à la Flandre…

Cette aliénation ne nous permet plus de réellement prendre conscience de notre héritage.

-  Notre héritage devient inconscient : il n'est pas ou peu réinvesti dans l'avenir de la Wallonie.

C'est finalement le déclin que les Wallons reçoivent en héritage, la part sombre de leur héritage social et très peu ses virtualités. Celles-ci servent en tout cas peu à concrétiser et exploiter notre potentiel.

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2ème approche du noeud de futur

Dans un second temps, nous sommes revenus sur cette absence de réponse politique aux initiatives des Wallons.

Elle est liée à

- la lourdeur politico-administrative qui caractériserait la Wallonie.

Celle-ci se traduit par

·          le cloisonnement entre administrations (communes, provinces, Région , Communautés…) qui disposent chacune des différents dispositifs (ne fut-ce que des documents (formulaires) nombreux, différents, pas accessibles, au vocabulaire abscons)

·          la multiplication et la dispersion de juridictions (règlements) différentes, foisonnantes, parfois contradictoires, peu claires, manque de transparence

·          la perte du citoyen dans ces méandres

·          un renforcement du clientélisme et de phénomènes liés (pistons, parrainage, bouche à oreille, affairisme)

 

- Avec pour effets

2.         de transformer cette politique clientéliste un « système » de fonctionnement bien rôdé et peu transparent qui renforce les intérêts particuliers tant politiques que financiers

3.         de préférer des intérêts particuliers et de court terme à la vision à long terme

4.         de disperser les responsabilités et de cloisonner les différentes actiosn publiques

5.         d'accentuer l'intériorisation de la désespérance  et du manque de confiance par rapport à la Wallonie chez ses citoyens

6.         de décourager l’ambition et les initiatives des Wallons

 

C'est ainsi que la présence simultanée d'un cloisonnement et d'un consensus se comprend : le clientélisme est un système partagé.

 

Ceci dit des exemples qui infirment cette vision pessimiste existent mais restent isolés: le foot à Tournai où le politique a pris ses responsabilités devant les difficultés de deux petits clubs.

 

-  L’initiative ne fait pas partie des registres administratifs traditionnels.  Par contre, l’échec est bien plus sanctionné. La pression est énorme.

 

- Tout cela aboutit à l'absence de vision en termes d’intérêts collectifs

Par apport auxquels on privilégie le clientélisme, l'affairisme, le court terme, l'individualisme, les initiatives externes (par rapport au potentiel interne).

L'exemple des aéroports wallons a été cité comme exemplatif de ce genre de politiques

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Premières pistes de réflexion

Face à une système aussi lourd :

 

- Des décisions structurelles doivent être prises en termes :

·          de simplification de la surcharge administrative (les citoyens pourraient être aidés par des médiateurs, facilitateurs) afin d'augmenter leur liberté d'initiative

·          de décloisonnement et de coordination des niveaux de pouvoir, des piliers, des sous-régions…

·          d'examen des décisions politiques selon des critères décidés collectivement et transparents

 

Afin de placer la politique au service de la solidarité et de l'intérêt collectif en Wallonie (et pas au service du politique et de l ‘économique)

 

En ce qui concerne le problème de l'exploitation et de la légitimation des innovations wallonnes, il serait intéressant de jouer à plein la carte de carrefour européen et de créer des liens avec des pôles externes (sous conditions de retombées).

Notons aussi qu'entre femmes, il semblerait qu'il y ait plus d’échanges, - de cloisonnements…, ce qui devrait être exploité.

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En synthèse :

Notre groupe considère que, malgré ses potentiels, la Wallonie reste désespérante.

 

La principale cause de cette désespérance vient du fonctionnement de son système politico-administratif :trop cloisonné entre services et pouvoirs pléthoriques, trop peu transparent, incohérent et au service d'intérêts particuliers et non collectifs .

Ce système clientéliste approfondit l'aliénation symbolique et l'intériorisation du déclin qui pèsent sur la Wallonie.

 

Ce système n'aide en rien la Wallonie à faire face aux difficultés de concrétisation, d'exploitation et de légitimation des initiatives (notamment culturelles) prises par des Wallons grâce à toute la richesse du potentiel régional.

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"Wallonie 2020", Cinquième congrès "La Wallonie au futur" -  Institut Jules Destrée - 2001-2003  
 
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Page mise à jour le 23-08-2004

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