Institut Destrée, Centre de recherche européen basé en Wallonie   

Premier congrès La Wallonie au Futur
1987 -
Vers un nouveau paradigme

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Rapport de l'atelier n°9 :
L'enjeu des médias et des industries culturelles

Rapporteur:
Robert WANGERMEE

 

Deux types de communications ont été faites, les unes décrivant la situation actuelle, les autres se référant à un contexte de développement technologique à l'échelon européen, voire mondial. Le tout, bien qu'apparemment disparate, peut être situé dans une perspective unique afin d'évaluer correctement l'enjeu des médias et des industries culturelles et, surtout, la politique que la Wallonie devrait suivre en cette matière.

Le dossier est assurément complexe: on assiste, en effet, dans le domaine de la communication, à une interpénétration de la technique et du contenu des messages, de l'économique et du culturel, des divers niveaux de prise de décision qui s'échelonnent du local au mondial en passant par le régional, le communautaire, le national et l'européen.

Comment la Wallonie doit-elle se situer dans cet environnement mouvant, complexe, et qui, à première vue en tout cas, la dépasse?

 

1. Elle doit sans aucun doute veiller à préserver ses acquis.

Dans le contexte concurrentiel que le câble a introduit en télévision, la RTBF a certainement une carte importante à jouer en faisant valoir ses spécificités, ses originalités par rapport à l'invasion étrangère, notamment commerciale.

Ce qui la distingue de ses concurrents, c'est sa production propre et, à l'intérieur de celle-ci, les Centres wallons de la RTBF remplissent et doivent continuer à remplir un rôle important.

Créateurs d'emplois (+ de 600 en Wallonie), créateurs de flux économiques et commerciaux, créateurs de culture, ils constituent certainement un atout pour la Wallonie de demain. Grâce à eux, l'information relative aux régions est traitée par les journalistes du cru (et les sondages réalisés, notamment à La Louvière et à Charleroi, montrent que cette politique est payante puisque c'est essentiellement vers la RTBF et non vers RTL-TVi que le public de ces deux villes se tourne pour obtenir son information). Grâce à eux, la réalisation de programmes d'intérêt national n'est pas laissée à Bruxelles. La production d'origine wallonne compte pour beaucoup dans la grille des programmes de la RTBF.

Autre élément non négligeable dans les activités du Service public: sa participation à la chaîne francophone par satellite TV5. Jusqu'à présent distribués uniquement en Europe, les programmes de TV5 devraient bientôt être repris au Canada et en Afrique. La RTBF, tout comme les chaînes françaises, suisses et canadiennes, dispose d'une soirée par semaine sur TV5, soirée alimentée par ses productions propres et notamment par les réalisations des Centres Régionaux. Les activités de la RTBF en Wallonie trouvent ainsi un débouché mondial.

Les télévisions locales et communautaires doivent jouer un rôle complémentaire à celui de la RTBF; télévisions de participation, de proximité, elles doivent s'orienter vers l'information locale et aussi vers des activités éducatives. Ces missions leur donnent leur originalité et leur raison d'être dans le contexte concurrentiel du câble. En situation précaire, institutionnellement et financièrement, elles doivent éviter l'écueil de leur participation éventuelle à des chaînes régionales à vocation commerciale, ce qui dénaturerait leur fonction.

 

2. Mais la Wallonie ne doit pas se contenter de préserver ses acquis; elle doit aussi faire preuve de dynamisme, d'esprit d'entreprise. Si elle veut se montrer audacieuse, elle peut jouer un rôle dans le développement futur des industries culturelles.

L'utilisation du câble est restée embryonnaire; il y a là un potentiel énorme non encore exploité et qui devrait l'être dans les années futures. La télévision payante implique l'usage de décodeurs. Pourquoi ne pas développer un décodeur wallon qui pourrait servir à la future chaîne à péage et, pourquoi pas, conquérir ensuite les marchés mondiaux. La BD, le dessin animé, le cinéma devraient se développer et déborder de nos frontières.

Mais dans tous ces domaines où la technique, l'économie et le culturel sont étroitement mêlés, des interventions publiques sont nécessaires, non pas sous forme de subventions mais par la mise en place de mécanismes d'incitation aux investissements culturels.

Des exemples existent à l'étranger et notamment en France (abris fiscaux, fonds communs d'investissement dans les produits culturels, organismes donnant des garanties en cas d'emprunts destinés à des activités culturelles,...).

Ces mécanismes sont nécessaires chez nous, à la fois pour promouvoir les activités culturelles et pour développer les activités industrielles qui y sont liées. Leur création nécessite une politique volontariste qui dans le contexte institutionnel de la Belgique relève de différents pouvoirs. Cette complexité n'est pas faite pour aider la Wallonie, mais elle ne peut être une justification à une inaction qui situerait notre région en dehors des marchés européens et mondiaux.

(Octobre 1987)

 


 

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Mise à jour le 13-01-2007

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