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Eugène Jaumain est déjà commis-chef au ministère belge de
l’Industrie et du Travail au moment où est décrété par
l’occupant allemand le transfert de ses services vers Namur
(juillet 1917). Son chef, Louis Dejardin, directeur général des
mines, lui assure que, sur avis d’hommes politiques consultés,
seuls les hauts fonctionnaires – jusqu’au grade de directeur
uniquement – sont invités à démissionner ; Dejardin se dit
satisfait que Jaumain reste en fonction afin de pouvoir exercer
une surveillance sur les archives précieuses de l’administration
des mines. Après quelques mois à Namur, Jaumain est promu chef
de division (janvier 1918).
Après l’Armistice, la Justice belge reproche à Jaumain sa
participation aux ministères wallons. Il est révoqué de son
emploi de fonctionnaire par un Jury d’honneur. Avec d’autres
employés révoqués, Jaumain entend se défendre et constitue la
« Commission internationale pour la défense des intérêts wallons
en Belgique et à l’étranger » (début 1919). Cette Commission
adresse un memorandum au ministre de la justice Émile
Vandervelde pour faire valoir son bon droit, ainsi qu’une note
explicative au ministre Poullet et une supplique au Cardinal
Mercier. Secrétaire de la Commission, Eugène Jaumain se défend
de tout activisme, nie toute participation au Comité de Défense
wallonne, dont il respecte par ailleurs les objectifs, et
insiste sur le rôle indispensable que les fonctionnaires ont
joué en l’absence de l’autorité belge réfugiée au Havre. Jaumain
regrette que les secrétaires généraux des ministères n’aient
donné aucune instruction à leur personnel après la proclamation
de la séparation administrative du 21 mars 1917. Il rappelle que
de nombreux agents sont restés en fonction sur les conseils de
Charles Woeste et du cardinal Mercier. Il souligne que leur
révocation, après l’Armistice, a permis des promotions
providentielles et réclame, enfin, la réintégration des
fonctionnaires révoqués dans l’administration de l’État.
Lors de l’instruction du procès de Namur contre les membres des
ministères wallons, Jaumain est interrogé mais ne doit pas
comparaître devant la Justice. Son directeur, Dejardin,
reconnaît qu’il a parfaitement assisté le secrétaire général. Le
fonctionnaire obtient un non-lieu de la part de la Justice. Mais
il entend poursuivre son combat en faveur des fonctionnaires. En
décembre 1924, Jaumain établit une distinction qu’il juge
capitale entre les fonctionnaires (apolitiques) et les membres
du Comité de Défense de la Wallonie (les politiques), quand il
constitue un Groupement des fonctionnaires wallons révoqués,
dont il prend la présidence. Il s’agit de réunir les dossiers
administratifs introduits devant les chambres d’appel et de les
défendre. Le Groupement est soutenu par le journal bruxellois
Midi.
En 1921, on retrouve Eugène Jaumain comme président de la
société coopérative La Maison wallonne de Bruxelles et comme
fondateur de la Banque de Wallonie. Administrateur de La Maison
wallonne (Bruxelles), il en démissionne en avril 1922.
Jean-Pierre Delhaye – Paul Delforge
ARCHIVES IDES LEJOUR,
A. Clara, P. Delforge
et J-P. Delhaye, Idès Lejour, dans Encyclopédie du
Mouvement wallon, t. II, p. 964 - Dossiers des ministères
wallons, Manuscrit n° 2669 : Eugène Jaumain - Paul
Delforge, La
Wallonie et la Première Guerre mondiale. Pour une histoire de la
séparation administrative, Namur, Institut Destrée, 2008 |